1 avril 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Allons-nous trop vite vers la neutralité carbone avec les véhicules électriques (VE) et les pompes à chaleur ?

Ces deux principaux outils d’électrification ne produisent pas les réductions d’émissions attendues, selon une analyse récente. Les pays devraient prioriser le développement des énergies renouvelables, des capacités du réseau électrique et du captage du carbone.

Par l’équipe d’Anthropocene Magazine

Des éoliennes à gauche, un véhicule électrique et une pompe à chaleur à droite.

De plus en plus de personnes au Royaume-Uni adoptent les véhicules électriques et les pompes à chaleur. Mais selon une nouvelle analyse, ces technologies pourraient ne pas avoir d’impact significatif sur les émissions de carbone du pays.

Le Royaume-Uni a fait de l’électrification un pilier central de sa stratégie de décarbonation. Toutefois, comme le réseau électrique britannique repose encore largement sur des sources non renouvelables, les véhicules électriques et les pompes à chaleur continuent de dépendre d’une électricité produite à partir de combustibles fossiles, indique l’étude. Le pays doit donc impérativement accélérer le développement des énergies renouvelables, tout en poursuivant l’expansion du nucléaire et du captage du carbone.

Autrement dit, selon l’équipe de recherche, le Royaume-Uni doit d’abord décarboner son approvisionnement énergétique avant de miser davantage sur l’électrification. Cet argument vaut également pour d’autres pays, explique David Dunstan, de la Queen Mary University of London, auteur de l’analyse publiée dans la revue Environmental Research: Energy.

« Pour tous les pays, on peut affirmer sans risque que si la part moyenne d’énergie renouvelable est inférieure à celle des combustibles fossiles, ils devraient développer les renouvelables sans hésitation, plutôt que de consacrer des ressources supplémentaires à l’électrification », affirme-t-il.

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La question centrale réside dans la composition du mix énergétique d’un pays et dans sa capacité à acheminer l’électricité propre au bon endroit et au bon moment. Dans leur article, Dunstan et Alan Drew soulignent que la variabilité et l’intermittence de l’éolien et du solaire ont été largement sous-estimées dans les plans du gouvernement britannique visant à décarboner la production d’électricité. Lors des journées sans vent ou peu ensoleillées, les déficits de production sont encore comblés par des centrales à gaz.

À l’inverse, lorsque la demande en électricité est faible, l’excédent d’énergie renouvelable ne peut pas toujours être utilisé. Il arrive ainsi que les exploitants de parcs éoliens soient rémunéré.e.s pour arrêter leurs turbines, faute de capacité du réseau à absorber cette production.

Ainsi, au-delà de l’augmentation de la production d’énergies renouvelables — qui constitue « à ce jour le seul moyen réellement efficace de réduire nos émissions de carbone », selon Dunstan — un autre levier doit être développé. « Il n’a pas vraiment été priorisé jusqu’à présent, mais il est essentiel : déployer des technologies capables d’absorber les surplus d’énergie renouvelable, comme la production d’hydrogène vert ou de carburants synthétiques. »

Le gouvernement britannique a également évoqué l’expansion du nucléaire ainsi que le captage et stockage du carbone. « Nous saluons ces initiatives, mais nous attendons des actions concrètes plutôt que des annonces », souligne Dunstan.

Ces transformations se heurtent toutefois à des obstacles économiques, technologiques et politiques. Par exemple, la capacité du captage et stockage du carbone à être déployé à grande échelle reste incertaine. Selon Dunstan, les décideurs devraient néanmoins se concentrer sur des solutions à la fois nécessaires et réalisables, comme le nucléaire, le renforcement des réseaux électriques et le stockage de l’énergie à grande échelle.

« Jusqu’à présent, l’augmentation de l’électrification via les véhicules électriques et les pompes à chaleur domestiques n’a eu aucun effet sur la réduction de nos émissions de carbone », affirme-t-il. « Et même d’ici 2030, leur contribution restera bien inférieure à ce qui est avancé, tant par les gouvernements que par les industries concernées et leurs groupes de pression. »

Source : David J Dunstan et Alan Drew, « Reappraisal of paths to decarbonising British electricity generation in 2030 », Environmental Research: Energy, 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/02/are-we-jumping-the-net-zero-gun-with-evs-and-heat-pumps/

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.