18 mars 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Il existe désormais des preuves solides garantissant une seconde vie au vieux béton

Des milliers de simulations informatiques démontrent que les dalles et poutres en béton issues de bâtiments démolis peuvent être réemployées plutôt que sous-valorisées, contribuant ainsi aux efforts de décarbonation du secteur du bâtiment.

Par Sarah DeWeerdt

Des ouvriers en train de couler du béton, avec un panneau de signalisation recyclé à l'avant-plan.

Les dalles, poutres, colonnes et autres éléments en béton provenant de bâtiments démantelés peuvent être réutilisés en toute sécurité dans de nouvelles constructions, selon une étude récente. Cette analyse pourrait faciliter l’intégration du béton, actuellement responsable d’environ 9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), dans une filière de construction circulaire, et rendre l’ensemble du secteur du bâtiment plus durable.

« En raison de sa résistance, le béton peut avoir une longue durée de vie. En le réutilisant, nous maximisons davantage cette longévité tout en évitant la production de nouveau ciment, dont la fabrication est fortement émettrice en carbone, ainsi que l’utilisation d’équipements énergivores nécessaires au concassage et au recyclage des déchets », explique Arlind Dervishaj, architecte, membre de l’équipe de recherche et doctorant au Royal Institute of Technology à Stockholm, en Suède.

Les codes du bâtiment exigent généralement que le béton demeure structurellement conforme pendant au moins 50 ans. Lorsque des bâtiments sont démolis — parfois avant même ce seuil de 50 ans, ce qui devient de plus en plus fréquent — il est communément admis que la durée de vie utile du béton est achevée. Le béton ancien est alors mis en décharge, ou sous-valorisé sous forme de granulats pour la construction routière ou comme agrégats destinés à la production de nouveau béton. Il s’agit là d’une occasion majeure manquée, suggère la nouvelle étude.

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Jusqu’à présent, aucune méthode structurée ne permettait d’évaluer le potentiel de réemploi du béton récupéré. L’équipe de recherche a réalisé des milliers de simulations informatiques afin de prédire la durée de vie future du béton réutilisé, à partir de mesures portant sur l’état de bâtiments existants.

« Notre étude démontre que nous pouvons garantir scientifiquement une “seconde vie” à ces éléments, transformant la perception que nous avons des bâtiments anciens, considérés comme des déchets en fin de vie, en une ressource précieuse composée d’éléments durables », indique Dervishaj.

La durée de vie future d’un élément en béton dépend de son usage antérieur, de son historique de stockage, des conditions climatiques telles que l’humidité et la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO₂), ainsi que de la manière dont il est intégré dans sa seconde utilisation.

Par exemple, une dalle en béton exposée pendant plusieurs décennies à des conditions environnementales sévères pourrait être réutilisée comme élément intérieur. Des techniques de réparation et de réhabilitation, telles que l’application de revêtements d’étanchéité, peuvent également prolonger la durée de vie du béton.

L’équipe de recherche a élaboré un organigramme décisionnel afin d’aider les professionnel·les du bâtiment à s’assurer que les composants en béton réemployés conserveront leur intégrité structurelle pendant la durée de vie prévue d’un nouvel ouvrage. « Nous pouvons démontrer qu’une grande partie de ce béton est sûre pour un nouveau cycle complet de service », affirme Dervishaj. « Il s’agit d’une redécouverte positive d’un matériau dont nous disposons déjà. »

Afin de faciliter son réemploi, l’historique des composants du béton devra être consigné de manière structurée. Une validation empirique [ground-truthing] de la grille d’évaluation élaborée par l’équipe est également nécessaire : « Nous devons désormais étudier des projets réels intégrant du béton réemployé afin d’évaluer ses performances dans des conditions d’exposition évolutives », précise Dervishaj.

« Nous travaillons actuellement à l’élaboration de la première norme exhaustive relative au réemploi du béton préfabriqué en Suède, et sans doute la première du genre en Europe », ajoute Dervishaj. L’équipe de recherche espère que cette approche mènera à terme à l’adoption de normes européennes, voire internationales, encadrant le réemploi du béton.

Source : Dervishaj A. et coll., « From durability to circularity: ensuring service life and enabling reuse of concrete in circular construction », Materials and Structures, 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/02/theres-now-hard-evidence-guaranteeing-a-second-life-for-old-concrete/

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.