13 janvier 2026
Temps de lecture : 147 minutes
Chaque année, Future Earth, The Earth League et le Programme mondial de recherches sur le climat réunissent d’éminents chercheurs et chercheuses du monde entier pour examiner les constats les plus urgents de la recherche sur le changement climatique. Cette collaboration mène à la publication des 10 nouvelles perspectives en sciences du climat, sous la forme de deux produits distincts : un article scientifique évalué par les pairs et un rapport scientifique et stratégique, qui fournit une riche synthèse, utile aux décideurs politiques et à la société dans son ensemble. Les données scientifiques sur lesquelles repose le rapport de cette année ont été publiées entre janvier 2024 et juin 2025.
Pour les décideurs politiques qui doivent faire face au défi urgent que représente la crise climatique, l’édition 2025/2026 des 10 nouvelles perspectives en sciences du climat offre des orientations crédibles l’année 2026 et au-delà.
Pour en savoir plus ou pour accéder à la version originale en anglais de ce rapport, consultez : 10insightsclimate.science
Vous pouvez également regarder notre vidéo pour une discussion animée en français sur ces 10 nouvelles perspectives en sciences du climat 2025/2026.
Traduction : Cette traduction française de l’édition 2025/2026 a été réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth avec l’apport financier du Projet Information régionale pour la société (RIfS) et du Leadership en innovation environnementale, numérique et durable (LIEN-D).
Citation : Future Earth, The Earth League, PMRC (2025). 10 nouvelles perspectives en sciences du climat 2025/2026. Stockholm. doi:10.5281/zenodo.17328963
LES PERSPECTIVES EN BREF

Des incertitudes et des questions persistent malgré les données probantes sur les années 2023-2024, les plus chaudes jamais enregistrées. Bien que la transition vers des conditions du phénomène El Niño ait contribué à amplifier les récents records de température, ces fluctuations climatiques ne suffisent pas à elles seules à expliquer les anomalies. L’augmentation notable du déséquilibre énergétique de la Terre au cours des dernières années suggère que le réchauffement climatique pourrait s’accélérer. Ce constat renforce l’urgence de réduire les écarts croissants entre la réduction des émissions et les investissements en matière d’adaptation.

Le réchauffement de la surface de la mer s’accélère et les vagues de chaleur marines s’intensifient. Le rythme sans précédent du réchauffement de la surface des océans et l’intensification des vagues de chaleur marines entraînent de graves pertes écologiques, érodent les moyens de subsistance des collectivités côtières et aggravent les risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes, tout en affaiblissant le rôle de l’océan en tant que puits de carbone. Les données probantes montrent de plus en plus clairement une double urgence : accélérer les investissements en matière d’adaptation et renforcer les mesures d’atténuation à l’échelle mondiale afin d’empêcher toute nouvelle déstabilisation des océans et du climat.

Le puits de carbone terrestre mondial est mis à rude épreuve. Le déclin marqué du puits de carbone terrestre mondial en 2023 fait craindre une augmentation permanente du transfert de carbone atmosphérique à partir des terres et une diminution du « budget carbone restant ». En particulier, les écosystèmes de l’hémisphère nord, autrefois considérés comme plus stables, sont de plus en plus touchés par les incendies de forêt et le dégel du pergélisol. La possibilité que les puits naturels s’affaiblissent, au niveau actuel de réchauffement, souligne la nécessité urgente d’accélérer à la fois la réduction des émissions et l’élimination du carbone.

Le changement climatique et la perte de biodiversité s’amplifient mutuellement. Des données probantes de plus en plus nombreuses révèlent que le changement climatique et la perte de biodiversité se renforcent mutuellement, créant une boucle de rétroaction déstabilisante qui menace à la fois le stockage du carbone et la résilience des écosystèmes. Une action concertée dans le cadre des conventions de Rio permet de maximiser les avantages connexes et d’éviter la fragmentation des politiques en accordant la priorité à la protection et à la restauration des écosystèmes biodiversifiés ainsi qu’à la préservation des puits de carbone naturels.

Le changement climatique accélère l’épuisement des eaux souterraines. Le rythme mondial de l’épuisement des eaux souterraines augmente par rapport aux décennies précédentes, le changement climatique perturbant la réalimentation des aquifères et intensifiant les demandes socioéconomiques. Les menaces pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, ainsi que l’affaissement des sols et l’intrusion de l’eau de mer font partie des risques environnementaux et socioéconomiques.

On observe et prévoit une hausse de la dengue en raison du climat. Le monde a connu une épidémie record de dengue. Les changements de température attribuables au climat ont élargi les habitats des moustiques et allongé les périodes de transmission, aggravant les effets de l’urbanisation, de la mobilité internationale et d’une gestion inadéquate des déchets. Les systèmes de santé sont déjà mis à rude épreuve par les éclosions actuelles, mais les projections indiquent des augmentations plus importantes au cours du siècle actuel.

La perte de productivité de la main-d’œuvre et de revenus est liée au changement climatique. Le stress thermique provoqué par le changement climatique menace la productivité de la main-d’œuvre et les revenus à l’échelle mondiale. Si les plus grandes pertes directes sont dans les pays en développement, les conséquences économiques se feront sentir dans le monde entier, amplifiées par les chaînes d’approvisionnement et le commerce international. Les pertes annuelles prévues de produit intérieur brut sont nettement inférieures dans les scénarios à faibles émissions, ce qui souligne l’urgence de mesures d’atténuation plus ambitieuses.

Une intensification sûre de l’élimination du dioxyde de carbone est nécessaire pour lutter contre les émissions difficiles à réduire et les risques climatiques. L’intensification de l’élimination du dioxyde de carbone (EDC) est nécessaire pour compléter – et non remplacer – la réduction rapide des émissions. L’élaboration de lignes directrices internationales solides et le soutien à la recherche et à l’innovation sont essentiels pour combler le « fossé de l’EDC » et soutenir à la fois les cibles à court terme et la stabilité climatique à long terme, tout en garantissant des protections environnementales et sociales.
*Crédit photo : Climeworks

Les marchés des crédits carbone présentent des enjeux d’intégrité, et des réponses commencent à émerger. L’expansion rapide des marchés des crédits carbone s’est accompagnée de graves problèmes d’intégrité dus à des défauts systématiques, de nombreux projets surestimant la séquestration du carbone et manquant d’additionnalité. Une forte dépendance envers les crédits de faible qualité risque de retarder la décarbonation directe. Les progrès récents réalisés pour renforcer les indices de référence, la transparence et les normes de marché, parallèlement à une évolution vers une perception des crédits en tant que contribution plutôt que substitut à la réduction directe des émissions, laissent entrevoir une voie vers des marchés plus crédibles et plus constructifs.

Les combinaisons de politiques sont plus efficaces que les mesures isolées pour faire progresser la réduction des émissions. Des combinaisons de politiques soigneusement conçues, en particulier celles qui incluent la tarification du carbone, ont tendance à entraîner une réduction des émissions plus importante que des mesures individuelles. Ces combinaisons, qui incluent la tarification du carbone ou la réduction des subventions au secteur des combustibles fossiles, sont particulièrement efficaces; toutefois, l’élaboration des politiques doit être adaptée au contexte du pays. Des approches intersectorielles coordonnées et des rapports harmonisés peuvent contribuer à maximiser l’apprentissage et les répercussions.
INTRODUCTION
Les indicateurs climatiques mondiaux continuent d’être de plus en plus préoccupants. Au début de l’année 2025, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que 2024 avait été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec des températures moyennes ayant atteint 1,55 °C (± 0,13 °C) de plus par rapport aux niveaux préindustriels.[1] Bien qu’il ne s’agisse pas encore d’un dépassement de l’objectif de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique mondial à long terme à moins de +1,5 °C, ce chiffre illustre clairement à quel point le monde s’en approche. Ce réchauffement exceptionnel s’est accompagné d’un contenu thermique des océans et d’une élévation du niveau de la mer records, d’une perte de masse spectaculaire des glaciers, et de la deuxième étendue des glaces de mer la plus faible observée en Antarctique.[1],[2] La hausse continue des températures mondiales a entraîné une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies de forêt, des tempêtes et des inondations, entraînant des pertes humaines et économiques considérables.[3]
Malgré ces risques croissants, les émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES) ont continué d’augmenter en 2023 et 2024,[4] ce qui accentue l’augmentation constante des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre.[2],[5] Les efforts actuels d’atténuation à l’échelle mondiale restent insuffisants. Si elle est pleinement mise en œuvre, la dernière série de contributions déterminées au niveau national (CDN) ne réduira les émissions mondiales que de 5,9 % (fourchette : de 3,2 à 8,6 %) d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019, ce qui est très loin de la réduction de 28 % nécessaire pour maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C, ou des 42 % nécessaires pour le limiter à 1,5 °C d’ici la fin du siècle.[6] L’urgence de combler les écarts tant en matière d’ambition que de mise en œuvre est exacerbée par les retards répétés de la plupart des parties dans la présentation des CDN actualisées.[7] Au début du mois d’octobre 2025, seuls 62 pays, représentant seulement 31 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre, avaient soumis des CDN actualisées. Plusieurs grands émetteurs, dont la Chine, l’Inde et l’Union européenne, n’ont pas encore présenté les leurs. Le manque d’élan en matière d’ambition et de mise en œuvre constitue l’un des enjeux les plus pressants pour la COP30 à Belém, au Brésil.
Le Règlement de l’Accord de Paris étant désormais en grande partie finalisé et les preuves scientifiques de l’urgence d’accélérer l’action climatique se multipliant, la COP30 est largement considérée comme une « COP de mise en œuvre » : un moment charnière de la diplomatie climatique pour examiner et surmonter les obstacles persistants qui freinent les progrès concrets en matière d’atténuation et d’adaptation dans le monde. Les parties doivent se mettre d’accord sur les moyens de transformer les résultats du bilan mondiale[8] (COP28, Dubaï), en particulier la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, en mesures concrètes pour rectifier le tir. À cette fin, les discussions sur la manière de réformer le processus de la COP pour la « phase post-négociation » continueront à prendre de l’ampleur.
Le financement climatique reste une question controversée et non résolue, pourtant essentielle pour favoriser une action collective. Après la décision d’adopter un nouvel objectif collectif quantifié de 300 milliards de dollars américains par année (COP29, Bakou), largement considéré comme insuffisant,[9] la feuille de route de Bakou-Belém a été lancée pour trouver des moyens d’atteindre l’objectif ambitieux de 1 300 milliards de dollars américains par année d’ici 2035. Dans un contexte géopolitique particulièrement difficile, ces priorités nécessitent de redynamiser le multilatéralisme et la gouvernance multiniveaux.
La science joue un rôle essentiel en informant les gouvernements sur la mise en œuvre des engagements climatique à l’échelle internationale, nationale et infranationale. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est le principal organe scientifique qui alimente le processus de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Toutefois, compte tenu de son exhaustivité et des exigences procédurales, chaque rapport d’évaluation du GIEC a un cycle de production pluriannuel. L’initiative 10 nouvelles perspectives en sciences du climat est un effort de collaboration annuel visant à sélectionner et à synthétiser les messages clés dans divers domaines de la recherche sur le changement climatique, à partir des plus récents travaux scientifiques évalués par les pairs. Cette année, la synthèse est le fruit de l’effort collectif de plus de 70 chercheurs et chercheuses, alimenté par la contribution de plus de 150 spécialistes du monde entier. L’objectif ultime est de favoriser l’intégration rapide des nouvelles données scientifiques aux processus politiques et aux espaces de gouvernance internationale.
Les quatre premières perspectives du rapport de cette année portent sur les processus du système terrestre et soulignent la possibilité préoccupante d’une accélération du réchauffement climatique. De récentes analyses des indicateurs climatiques mondiaux de 2023 et de 2024 révèlent un déséquilibre énergétique élevé de la Terre (Perspective 1), une hausse importante de l’absorption de chaleur par les océans et des vagues de chaleur marines (Perspective 2) ainsi qu’un déclin considérable du puits de carbone terrestre mondial (Perspective 3). Ces évolutions géophysiques soulignent le rétrécissement de la fenêtre d’action dont on dispose pour limiter la hausse des températures et stabiliser le climat dans la fourchette visée par l’Accord de Paris. De plus, de nouvelles analyses montrent que la perte de biodiversité en elle-même peut exacerber le changement climatique, car elle sous-tend les fonctions écosystémiques d’absorption et de stockage du carbone (Perspective 4). Ce premier groupe de perspectives renforce l’urgence d’avoir des plans d’atténuation ambitieux et une mise en œuvre efficace.
Les trois perspectives suivantes se concentrent sur les répercussions du changement climatique sur la sécurité hydrique, la santé humaine, les moyens de subsistance et la productivité : l’accélération du déclin des eaux souterraines (Perspective 5), la propagation actuelle et future de la dengue (Perspective 6), et les pertes mondiales croissantes de productivité de la main-d’œuvre et de revenus causées par la chaleur (Perspective 7). Ces répercussions touchent déjà les populations dans différentes régions, mais les risques augmentent fortement à mesure que le dépassement des températures s’accentue. Il faut rapidement intensifier les efforts d’adaptation pour réduire les conséquences socioéconomiques croissantes. Toutefois, l’adaptation a ses limites et, en l’absence de mesures d’atténuation ambitieuses, les systèmes de soins de santé pourraient être submergés et les économies gravement affaiblies.
Le troisième et dernier groupe de perspectives se concentre sur les aspects clés pour améliorer l’atténuation. Deux approches d’atténuation jouent un rôle essentiel, mais complémentaire par rapport à la réduction directe des émissions de GES : l’élimination du dioxyde de carbone (EDC) et les marchés des crédits carbone. L’accroissement responsable de l’EDC est indispensable à la stabilisation du climat, en particulier dans le contexte d’un dépassement des températures, mais elle reste bien en deçà des niveaux nécessaires (Perspective 8). Sur les marchés volontaires du carbone (MVC), l’omniprésence de crédits de faible qualité constitue un problème majeur, qui pourrait contribuer à retarder davantage la décarbonation directe (Perspective 9). Pour combler le « fossé de l’EDC » et remédier aux défauts systémiques d’intégrité des MVC, il faut des cadres politiques complets. Heureusement, on dispose aujourd’hui d’une mine de connaissances sur les politiques climatiques efficaces, qui s’appuient sur quatre décennies d’expériences politiques et sur des analyses systématiques récentes. L’un des principaux enseignements est que des combinaisons de politiques soigneusement adaptées, en particulier celles qui incluent la tarification du carbone, permettent généralement d’obtenir des réductions d’émissions plus importantes et plus durables (Perspective 10).
Nous espérons que ces 10 nouvelles perspectives en sciences du climat 2025-2026 rejoindront les délégations des Parties et des observateurs à la CCNUCC, contribueront à éclairer leurs positions et arguments et se refléteront dans les résultats de la COP30 à Belém, au Brésil, et au-delà. Le présent rapport vise les objectifs suivants :
- Renforcer l’opérationnalisation des résultats du bilan mondial grâce à des mécanismes améliorés de transparence et de responsabilisation des CDN qui intègrent des plans de réduction des émissions fondées sur la science et conformes aux objectifs de l’Accord de Paris, notamment en établissant des indicateurs de progrès normalisés et des cadres de rapports qui suivent les progrès des pays dans leur transition vers l’abandon des combustibles fossiles.
- Favoriser l’intégration des travaux de la CCNUCC et de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et la coordination de leurs efforts pour renforcer la conservation et la restauration des forêts dans le but de préserver la biodiversité et les puits de carbone terrestres, particulièrement, en faisant progresser l’opérationnalisation de la décision de la COP16 issue de la CDB relative à la coordination entre la biodiversité et le climat.
- Finaliser et adopter officiellement la liste des 100 indicateurs d’adaptation proposée dans le cadre du programme de travail EAU-Belém, en fournissant des directives politiques nécessaires pour résoudre les désaccords persistants sur les définitions communes et les questions conceptuelles générales concernant les indicateurs liés aux « moyens de mise en œuvre ».
- Reconnaître officiellement les rôles distincts de l’EDC dans l’atténuation du changement climatique, en particulier pour contrebalancer les émissions résiduelles difficiles à réduire et, à terme, entraîner des émissions nettes négatives. Pour éviter de retarder ou de freiner la décarbonation directe, des cibles et une comptabilisation distinctes sont nécessaires pour la réduction des émissions et l’élimination du carbone, afin de garantir la transparence de l’information dans les CDN et les transactions au titre de l’article 6.
- Adopter des normes de qualité rigoureuses pour les mécanismes volontaires et obligatoires dans le cadre de l’opérationnalisation de marchés du carbone de haute intégrité au titre de l’article 6. Ce point nécessite des systèmes de mesure, de rapport et de vérification robustes, des garanties concernant la permanence du carbone stocké et les risques de réversibilité, ainsi que la vérification de l’additionnalité et la prévention de la double comptabilisation.
- Mettre en place une plateforme officielle d’échange des connaissances qui consolide et synthétise systématiquement les données probantes relatives aux politiques et aux combinaisons de mesures efficaces en matière d’atténuation du changement climatique.
La science derrière chacune des perspectives du présent rapport est détaillée, toutes références à l’appui, dans :
Ospina, D., Mirazo, P., Allan, R.P., Basnett, S., Bastos, A., Bhattarai, N., Broadgate, W., Broekhoff, D.J., Bustamante, M., Chen, D., Choi, Y., Cox, P., Domeignoz-Horta, L.A., Ebi, K.L., Friedlingstein, P., Frölicher, T.L., Fuss, S., Goessling, H.F., Gruber, N., He, Q., Hebden, S., Hedrich, N., Heilemann, A., Hirota, M., Hodnebrog, Ø., Hugelius, G., Izquierdo-Tort, S., Juhola, S., Kasuga, F., Ke, P., Kelley, D.I., Kilkiș, Ş., Kotz, M., Kumarasinghe, N., Lamb, W.F., Lee, S., Liu, J., Maesano, C.N., Martin, M.A., Mazzochini, G.G., Merchant, C.J., Mishra, V., Mori, A.S., Morris, J., Persson, Å., Pörtner, H., Probst, B.S., Ramage, J., Razanatsoa, E., Redman, A., Rockström, J., Rodrigues, R.R., Ruehr, S., Ryan, S.J., Sanchez-Rodriguez, R., Schleussner, C., Schlosser, P., Scott, W.A., Semenza, J.C., Seybold, H., Shindell, D.T., Sioen, G.B., Smith, K.E., Sokona, Y., Stechemesser, A.H., Stocker, T., Su, S.H.L., Thiam, D., Trencher, G.P., Virkkala, A., Warszawski, L., Weiskopf, S.R., Wu, H.C., Zhu, S. (en cours de révision) Ten New Insights in Climate Science 2025. Global Sustainability. doi : 10.5281/zenodo.17457864
[1] OMM. State of the Global Climate 2024. Organisation météorologique mondiale (2025).
[2] C3S. Global Climate Highlights. Copernicus Climate Change Service – EU Observation Programme (2025).
[3] Otto, F. et al. When Risks Become Reality: Extreme Weather in 2024. World Weather Attribution (2024).
[4] Friedlingstein, P. et al.Global Carbon Budget 2024. Earth Syst. Sci. Data 17, 965–1039 (2025).
Forster, P. M. et al. Indicators of Global Climate Change 2024: Annual update of key indicators of the state of the climate system and human influence. Earth Syst. Sci. Data 17, 2641–2680 (2025).
[5] NOAA-GML. Trends in CO₂, CH₄, N₂O, SF₆. Laboratoire de surveillance mondiale de l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (2025).
[6] PNUE. Emissions Gap Report 2024. Programme des Nations Unies pour l’environnement : Nairobi (2024).
[7] Climate Watch. Nationally Determined Contributions (NDC) Tracker. World Resources Institute (2025).
[8] CCNUCC. Outcome of the First Global Stocktake. FCCC/PA/ CMA/2023/16/Add.1 Decision 1/CMA.5. (2023).
[9] Bhattacharya, et al. Raising Ambition and Accelerating Delivery of Climate Finance. Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment, London School of Economics (2024).
LES PERSPECTIVES
1
Des incertitudes et des questions persistent malgré les données probantes sur les années 2023-2024, les plus chaudes jamais enregistrées
MESSAGES CLÉS
- Les années 2023 et 2024 ont connu des records de chaleur. L’ampleur sans précédent du réchauffement et un déséquilibre énergétique de la Terre (DET) significativement élevé suggèrent une accélération du réchauffement climatique.
- La tendance au réchauffement à long terme et les fluctuations annuelles typiques ne permettent pas d’expliquer entièrement la récente flambée des températures, même si le passage de La Niña à El Niño en 2023-2024 l’a rendue plus probable. D’autres facteurs sont en jeu.
- L’augmentation du DET est causée par la hausse de la concentration des gaz à effet de serre et est exacerbée par la réduction de la réflexion de la lumière du soleil par la planète, associée à des nuages moins nombreux et moins réfléchissants au-dessus des océans (liés à la diminution des émissions d’aérosols), ainsi qu’à la réduction de la couverture de glace.
Depuis 2023, les températures à la surface du globe ont battu des records. Alors que le passage de La Niña à El Niño devait réchauffer la planète, l’intensité, l’étendue et la persistance de la chaleur ont été sans précédent, et les températures resteront élevées en 2025. Ce phénomène coïncide avec un déséquilibre énergétique de la Terre (DET) élevé, c’est-à-dire la différence entre l’énergie apportée par la lumière du soleil absorbée (rayonnement à ondes courtes) et l’énergie émise sous forme de rayonnement infrarouge (ondes longues) vers l’espace. Depuis 2000, l’augmentation du DET est en grande partie due à la réduction de la lumière solaire réfléchie par la planète (albédo planétaire), ce qui se traduit par un taux de réchauffement plus élevé et donc une accélération du réchauffement climatique. Le rôle de la rétroaction nuageuse, de la diminution de la pollution par les aérosols, de la variabilité interne des océans et d’autres facteurs dans le réchauffement fait toujours l’objet de débats. Nous évaluons ici le caractère exceptionnel du niveau de chaleur de 2023-2024 dans le contexte de la variabilité du climat, le rôle du DET élevé pour expliquer cette chaleur et les facteurs susceptibles d’expliquer la hausse de ce dernier, ainsi que leurs conséquences sur le rythme du changement climatique dans les décennies à venir.
Une hausse importante des températures mondiales au cours de cette période était plus probable en raison de la transition d’une phase de La Niña prolongée à un phénomène El Niño en 2023-2024. Toutefois, la hausse récente ne correspond pas entièrement à la tendance au réchauffement à long terme combinée à la variabilité interne, d’autant plus que l’El Niño de 2023-2024 n’a pas été aussi fort que les précédents. Ce constat souligne la nécessité d’étudier d’autres facteurs contributifs et d’examiner de près les changements dans le bilan énergétique de la Terre.
D’un point de vue physique, le réchauffement important observé de 2022 à 2023 est attribuable à la quantité de chaleur absorbée par les couches superficielles de la Terre. Le DET de la mi-2022 à la mi-2023 a plus que doublé la moyenne de 2006 à 2020 et se situe dans la fourchette haute des prévisions des modèles. Environ 15 à 20 % de cette augmentation ont contribué au réchauffement de l’atmosphère et du sol et, dans une moindre mesure, à la fonte des glaces, tandis que le reste a réchauffé les océans. Ce réchauffement n’est pas suffisant pour expliquer l’ampleur du réchauffement de la surface de la mer, à moins qu’il ne soit concentré dans les couches supérieures peu profondes de l’océan ou que de la chaleur supplémentaire provenant des couches inférieures de l’océan ait été libérée pendant la transition vers El Niño en 2023, s’ajoutant ainsi au réchauffement plus important lié au DET provenant de la surface (consulter la Perspective 2).
Le DET, qui s’est accru depuis 2000, est principalement causé par une plus grande absorption de la lumière du soleil, qui est principalement associée à une réduction de la réflectivité au-dessus des régions nuageuses de l’océan. Un apport thermique supplémentaire modéré dû au cycle solaire de 11 ans a également contribué au réchauffement (figure 1). À l’échelle mondiale, les effets des volcans, des feux de forêt et de la réduction des poussières sahariennes en juin 2023 sont considérés comme faibles. La réduction de la pollution par les aérosols sulfatés est un facteur important dans l’augmentation du DET et le réchauffement associé, entre 2001 et 2019 (figure 1). Grâce à la réglementation mise en œuvre en 2020, les émissions de soufre provenant du transport maritime international ont été réduites d’environ 80 %, ce qui a eu pour effet d’accentuer le réchauffement, puisque la diminution des aérosols sulfatés a réduit la part du rayonnement solaire réfléchie par les nuages. On estime que ce phénomène aura un effet modéré sur le réchauffement de la surface terrestre, bien qu’il puisse y avoir des changements régionaux importants au-dessus des océans situés aux latitudes moyennes de l’hémisphère nord (figure 1). Les émissions d’aérosols d’origine anthropiques terrestres ont également diminué au cours des dernières décennies. Elles ont atteint un pic au-dessus de l’Asie de l’Est au début des années 2000 et ont rapidement diminué depuis, contribuant de manière importante au réchauffement climatique entre 2010 et 2023 ainsi qu’aux températures record de la surface de la mer dans le nord-est du Pacifique. Bien que l’absorption supplémentaire du rayonnement solaire associée à la diminution des aérosols en Asie de l’Est soit liée au réchauffement à long terme, son influence sur le niveau de 2023-2024 est moins évidente (figure 1). On estime que la réduction des émissions d’aérosols dans des régions où la pollution a déjà été en partie atténuée, comme en Asie de l’Est ou au-dessus des océans encore relativement préservés, aura un effet plus marqué sur la diminution de la capacité des nuages à réfléchir la lumière du soleil.
Des incertitudes subsistent quant aux causes et aux conséquences de la chaleur record enregistrée depuis 2023. Les interactions entre les aérosols et les nuages ainsi que les rétroactions nuageuses sont difficiles à modéliser avec précision, et les modèles globaux à faible pouvoir de résolution ne permettent pas de représenter correctement les traînées des navires, ce qui accroît l’incertitude quant à l’effet de la réduction des émissions de soufre provenant du transport maritime. Une quantification plus solide de la rétroaction nuageuse, y compris la contribution du rétrécissement des zones nuageuses à la réduction de l’albédo planétaire, peut aider à comprendre ses effets sur l’accélération du réchauffement climatique. Les observations sur le DET réalisées depuis 2000 dans le cadre du projet CERES (The Clouds and the Earth’s Radiant Energy System) sont essentielles pour améliorer les modèles, mais elles pourraient être compromises en raison du vieillissement des satellites.
En résumé, de nouveaux éléments viennent étayer l’idée qu’une combinaison des rétroactions nuageuses liées au réchauffement climatique et de la baisse de la réflexion de la lumière du soleil par les nuages, en raison de la diminution des émissions d’aérosols, a probablement contribué à l’augmentation à long terme de l’absorption du rayonnement solaire par la planète depuis 2000. On n’a pas encore déterminé l’importance relative exacte de ces facteurs ni le rôle de la variabilité interne des océans dans l’augmentation du DET. Ces éléments sont essentiels pour réduire la fourchette des estimations de la sensibilité du climat, mais les analyses existantes indiquent déjà que des estimations très faibles sont peu probables. Un réchauffement planétaire supplémentaire et le passage d’un épisode de La Niña prolongé à un épisode d’El Niño en 2023 ont contribué à expliquer les records de chaleur mondiale observés en 2023-2024. Les niveaux actuels de la température mondiale sont compatibles avec une accélération continue du réchauffement de la planète, et le dépassement du seuil de 1,5 °C par rapport aux conditions préindustrielles semble inévitable. Une fois de plus, les données probantes soulignent la nécessité de réduire rapidement et massivement les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement et les conséquences qui en découlent pour les sociétés et les écosystèmes.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- L’accélération du réchauffement climatique signifie que les écarts actuels en matière de réduction des émissions et d’investissements dans l’adaptation sont encore plus importants que ce que l’on estime aujourd’hui. Pour combler ces lacunes, il faut :
- avant tout, faire preuve de plus d’ambition et mettre en œuvre efficacement les nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN), y compris des cibles économiques, des mesures sectorielles précises et la couverture de tous les principaux GES;
- renforcer les composantes d’adaptation dans les nouvelles CDN, en accord avec les plans nationaux d’adaptation (PNA);
- intensifier l’élimination du dioxyde de carbone (EDC), qui revêt une importance croissante compte tenu de l’insuffisance des efforts d’atténuation déployés jusqu’à présent. Cependant, les cibles en matière d’EDC sont rarement prises en compte de manière explicite dans les CDN actuelles (voir Perspective 8);
- faire progresser la transformation sectorielle vers les indices de référence du bilan mondial d’ici 2030 : abandonner les combustibles fossiles dans tous les systèmes énergétiques, tripler la capacité des énergies renouvelables, doubler le taux d’amélioration de l’efficacité énergétique et mettre fin à la déforestation ou l’inverser;
- accélérer et approfondir les efforts d’atténuation des pays du G20, conformément aux options de réduction des émissions équitables et rentables, telles que décrites dans le Rapport 2024 du PNUE sur l’écart en matière d’émissions (Emissions Gap Report);
- accroître le financement de l’adaptation et améliorer le renforcement des capacités et le transfert de technologies.
- Les changements géophysiques qui sous-tendent les observations de 2023-2024 suggèrent que les projections des modèles à grande échelle qui orientent le processus politique de la CCNUCC pourraient sous-estimer de plus en plus le rythme et l’ampleur du réchauffement climatique. La réduction des incertitudes et l’affinement des modèles, notamment en ce qui concerne le rôle des aérosols et des nuages dans le bilan énergétique de la Terre, devraient donc constituer une priorité scientifique, ce qui nécessite un financement et une protection durables de la recherche scientifique.
- Les observations du déséquilibre énergétique de la Terre (DET), associées à de meilleurs diagnostics sur l’effet des nuages et des aérosols, sont essentielles pour améliorer les modèles et les estimations. Les parties doivent protéger et financer les capacités de surveillance du climat mondial et assurer la pérennité des données.
- À cet égard, la mission CERES de la NASA a joué un rôle essentiel, mais elle est aujourd’hui menacée par le vieillissement des satellites. Des initiatives comme le Système mondial d’observation du climat de l’OMM et le Mécanisme de financement des observations systématiques devraient bénéficier d’un soutien supplémentaire pour l’entretien et l’amélioration de l’infrastructure d’observation du DET.

2
Le réchauffement de la surface de la mer s’accélère et les vagues de chaleur marines s’intensifient
MESSAGES CLÉS
- Le réchauffement des océans s’accélère. La température moyenne mondiale de la surface de la mer a continuellement battu des records entre avril 2023 et juin 2024. À l’échelle mondiale, les vagues de chaleur marines (VCM) sont devenues plus fréquentes, plus intenses et plus longues au cours des quatre dernières décennies.
- Les températures exceptionnellement élevées à la surface de la mer tendent à intensifier les phénomènes météorologiques extrêmes (vagues de chaleur, cyclones, etc.) et à accroître la probabilité de voir se former des ouragans violents (dans l’Atlantique, les Caraïbes et le Pacifique).
- Les VCM entraînent des répercussions écologiques graves et étendues, parfois probablement irréversibles, qui affectent la biodiversité et les moyens de subsistance des régions côtières, comme la pêche, le tourisme et la protection du littoral.
- L’océan est un puits de carbone essentiel, mais le réchauffement de sa surface réduit sa capacité à absorber le dioxyde de carbone atmosphérique.
La température moyenne mondiale de la surface des océans constitue un indicateur clé du changement climatique. En avril 2023, elle a atteint un niveau sans précédent et, au cours des 13 mois suivants, de nouveaux records ont été établis : mai 2023 a dépassé tous les mois de mai précédents, juin 2023 a dépassé tous les mois de juin, et ainsi de suite. En tant que plus grand puits de chaleur accumulée sur Terre, l’océan détermine le rythme du réchauffement climatique, un rythme qui continue de s’accélérer. Les conséquences sur la vie océanique sont très vastes, souvent graves et, dans certains cas, probablement irréversibles.
En 2024, la température moyenne mondiale de la surface de la mer était légèrement plus élevée qu’en 2023, dépassant de 0,6 °C la moyenne observée entre 1981 et 2019, soit environ 0,9 °C de plus que les niveaux préindustriels. Entre avril 2023 et mars 2024, les températures ont dépassé de 0,25 °C, en moyenne, les records établis en 2015-2016. Bien qu’il ne soit pas surprenant que les années El Niño battent des records, l’épisode El Niño de 2023-2024 n’était pas particulièrement intense, et l’ampleur du dépassement est importante : une étude a montré que l’accélération de la tendance sous-jacente du réchauffement, entraînée par l’accumulation d’énergie sur Terre au cours de la dernière décennie (voir Perspective 1), est physiquement plausible et désormais statistiquement détectable. De plus, l’accélération du réchauffement de la température moyenne mondiale de la surface de la mer est cohérente avec les accélérations bien établies du contenu thermique de l’océan et de l’élévation du niveau de la mer.
La hausse de la température mondiale des océans s’accompagne d’une fréquence croissante des VCM, qui durent de quelques jours à plusieurs mois et entraînent des répercussions écologiques et socioéconomiques catastrophiques. D’après une base de référence fixe (encadré 1), la persistance des VCM détectées s’est accrue : elles durent en moyenne une semaine de plus qu’il y a quarante ans. L’intensité a également augmenté, d’après cette même base de référence (encadré 1). Le nombre annuel de jours de VCM a progressé de 54 % au cours des quatre dernières décennies, passant de 20 à 30 jours dans les années 1980 à 40 à 50 jours entre 2000 et 2016. Ces changements sont en partie attribuables à l’affaiblissement du mélange des eaux de surface et des eaux profondes : la surface se réchauffe plus rapidement et devient relativement plus flottante (moins dense et donc renforçant la stratification). Les modèles climatiques prévoient systématiquement une augmentation de la fréquence et de l’intensité des VCM à mesure que le réchauffement planétaire se poursuit.
Les VCM se produisent également dans les eaux de subsurface, où vit et se déplace la majorité des poissons le jour. Les vagues de chaleur dans cette couche peuvent être plus intenses que celles de surface, et la majorité d’entre elles ne coïncident pas avec les VCM de surface. Elles sont souvent causées par des tourbillons en haute mer et s’intensifient plus rapidement (de 0,1 à 1 °C par décennie) que l’augmentation de la température moyenne (environ 0,1 °C par décennie). Même si on reconnaît de plus en plus l’importance écologique des VCM en subsurface, elles sont rarement observées, ce qui complique la compréhension complète de leur dynamique et de leurs répercussions.
Le réchauffement des océans entraîne des conséquences qui dépassent le cadre marin : les conditions météorologiques et les saisons vécues par les populations humaines dépendent fortement de la chaleur de l’océan. Les températures exceptionnellement élevées à la surface tendent à amplifier les vagues de chaleur en Europe et à accroître la probabilité d’intensification des ouragans de l’Atlantique, des Caraïbes et du Pacifique. Plusieurs études relient également les VCM et des phénomènes météorologiques extrêmes – ouragans, cyclones, inondations et vagues de chaleur atmosphérique – qui entraînent des coûts économiques considérables. Par exemple, le rétablissement après le cyclone Gabrielle, alimenté par une VCM, a coûté entre 7,5 et 8,5 milliards de dollars américains; la fermeture de la pêche à l’anchois au Pérou à la suite d’un changement dans la répartition de la composition des espèces (figure 2) a entraîné une perte de 1,4 milliard de dollars américains; et la réduction des quotas ou la fermeture de pêcheries nord-américaines surviennent souvent après des VCM. Le réchauffement de la surface des océans réduit également l’absorption du CO₂ de l’atmosphère : des estimations récentes indiquent une diminution mondiale nette de 8 % pendant les périodes VCM entre 1990 et 2019, ce qui limite l’atténuation des émissions anthropiques de carbone.
ENCADRÉ 1. DÉFINITION : VAGUES DE CHALEUR MARINES
Les vagues de chaleur marines (VCM) sont des périodes durant lesquelles la température de la surface de la mer est anormalement élevée, persistant pendant plusieurs jours à plusieurs mois, voire plus longtemps, et pouvant s’étendre sur des milliers de kilomètres carrés. Les VCM sont généralement définies comme des périodes d’au moins cinq jours consécutifs pendant lesquelles la température de l’eau de mer dépasse le 90e percentile. Ces événements peuvent se produire à la surface ou en subsurface et avoir de vastes conséquences écologiques, biogéochimiques et socioéconomiques.
Le déclin d’espèces fondatrices, comme les macroalgues, les graminées marines et les coraux), dans de nombreux écosystèmes côtiers dans le monde, est associé aux VCM, comme l’illustre la figure 2. Le quatrième épisode mondial de blanchissement des coraux (une réaction au stress thermique entraînant la perte des algues qui donnent leur couleur aux coraux) a été déclaré en 2024. Même dans l’Atlantique tropical, où les coraux sont considérés comme plus résistants au blanchissement, des épisodes de blanchissement massifs se sont produits en réponse à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des VCM au cours des deux dernières décennies. En Méditerranée, les VCM ont aggravé l’éclosion de maladies et augmenté la mortalité des poissons et des mollusques. Des observations par satellite ont également relevé des changements dans la taille et la biomasse du phytoplancton liés aux VCM dans l’ouest de la mer Baltique, l’Atlantique Sud et les systèmes de remontée des eaux des marges orientales.
Les réactions des espèces marines varient et dépendent souvent de la position géographique de l’espèce par rapport à l’endroit où se produisent les VCM, ce qui complique les efforts de prévision et d’interprétation des répercussions biologiques. Les modèles trophiques, qui illustrent le flux d’énergie et de nutriments au sein d’une chaîne alimentaire ou d’un écosystème, montrent qu’à l’échelle des communautés écologiques, les VCM entraînent une réduction importante de la biomasse dans l’ensemble des niveaux de consommation, les espèces de niveau supérieur étant les plus touchées, ce qui modifie la structure et le fonctionnement de l’écosystème. On souligne quelques « réussites » : des coraux sélectionnés pour leur tolérance à la chaleur montrent une résistance au blanchissement, et les efforts de conservation présentent un certain potentiel pour préserver les espèces menacées.
Toutefois les vastes conséquences des VCM sont de plus en plus fréquentes et intenses. En fin de compte, pour atténuer les futures pertes écologiques, économiques et sociétales, il est essentiel de prendre rapidement des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à limiter le réchauffement des océans.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- L’évaluation des répercussions économiques des VCM sur la pêche, l’aquaculture et le tourisme souligne la nécessité d’adopter des politiques marines adaptées au climat et des systèmes d’alerte précoce pour renforcer la résilience des « économies bleues ».
- L’intensification des VCM renforce la nécessité d’intégrer des cibles propres au milieu marin, notamment pour les modes de vie dépendant de l’océan et la biodiversité, dans le cadre des indicateurs de l’Objectif mondial en matière d’adaptation.
- Pour permettre une adaptation proactive et une gestion écosystémique, les cadres de gouvernance côtière et océanique, tels que la planification spatiale marine et les zones de protection marine, devraient intégrer les projections de risque liées aux VCM.
- Les initiatives existantes, comme les alertes précoces pour tous de l’OMM, devraient étendre leur couverture aux VCM et aux risques océaniques, en particulier dans les pays du Sud, où les collectivités dépendant de l’océan courent des risques disproportionnés.
- À l’échelle multilatérale, la coordination est nécessaire pour améliorer l’échange des pratiques exemplaires en matière de restauration des récifs coralliens, de politiques de pêche adaptatives et de solutions océaniques naturelles. Ces efforts devraient s’ancrer dans l’article 7 de l’Accord de Paris (sur l’Objectif mondial en matière d’adaptation) ainsi que dans des cadres régionaux, comme les Orientations de SAMOA ou la Stratégie méditerranéenne pour le développement durable.
- Même si les points susmentionnés portent sur l’adaptation, les effets croissants des VCM renforcent l’appel urgent à accélérer les efforts mondiaux d’atténuation. Comme indiqué plus haut, l’atteinte des objectifs de température de l’Accord de Paris demande d’abandonner progressivement les combustibles fossiles dans l’ensemble des systèmes énergétiques, de tripler la capacité des énergies renouvelables, de doubler l’efficacité énergétique et de cesser ou d’inverser la déforestation d’ici 2030. Les nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN), en particulier celles des pays du G20, devront être plus ambitieuses, notamment en fixant des objectifs pour accroître durablement l’élimination du dioxyde de carbone (EDC) et en assurant une mise en œuvre beaucoup plus efficace.

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Le puits de carbone terrestre mondial est mis à rude épreuve
MESSAGES CLÉS
- Le puits de carbone terrestre mondial a chuté abruptement en 2023, ce qui a accentué les inquiétudes scientifiques quant à l’affaiblissement des processus d’absorption et de stockage du carbone dans les écosystèmes terrestres. Particulièrement, les feux de forêt ont une incidence croissante sur le cycle mondial du carbone.
- On a noté l’affaiblissement de puits de carbone terrestres non seulement dans les écosystèmes tropicaux, mais aussi dans les régions de haute latitude, auparavant considérées comme relativement stables. Si la réaction dans les régions tropicales est principalement attribuable au phénomène El Niño, les changements à haute latitude suggèrent des transformations à long terme.
- Selon certaines indications, au cours de la dernière décennie, le transfert de carbone vers l’atmosphère par les écosystèmes de l’hémisphère nord s’accélère. Si c’est le cas, l’ensemble des puits de carbone terrestre serait plus faible qu’on ne le pensait, ce qui signifie un budget carbone restant encore plus réduit.
Les puits de carbone terrestres naturels, notamment les forêts et les sols, sont soumis à une forte pression. L’augmentation des feux de forêt, des sécheresses, des vagues de chaleur et du dégel du pergélisol réduit la capacité des écosystèmes à absorber et à stocker le carbone, les transformant de puits de carbone en sources nettes. Si c’est le cas, une plus grande quantité du carbone émis par l’activité humaine se retrouvera dans l’atmosphère, ce qui pourrait entraîner des conséquences potentiellement dramatiques sur le rythme du réchauffement climatique. Nous évaluons ici les preuves de changements à court et à long terme dans le puits de carbone terrestre mondial naturel, ainsi que les nouveaux signes de vulnérabilité des écosystèmes terrestres du Nord.
Le flux d’absorption par le puits de carbone terrestre mondial a doublé, passant de 1,2 ± 0,5 gigatonne de carbone par an (GtC/an) dans les années 1960 à 3,1 ± 0,6 GtC/an dans les années 2010 (figure 3A). Cette hausse est principalement due à la fertilisation en CO₂, qui stimule la photosynthèse (en particulier dans les forêts tropicales), ainsi qu’aux dépôts d’azote, au réchauffement des températures et à la diminution des contraintes imposées par le froid dans les hautes latitudes, ce qui mène à une augmentation de la biomasse forestière. Cependant, à court terme, les perturbations liées au climat et les phénomènes météorologiques extrêmes risquent de l’emporter sur ces avantages.
Le déclin du puits de carbone terrestre mondial en 2023 (figure 3A) a coïncidé avec des températures mondiales annuelles record, au cours d’une année marquée par un fort épisode El Niño. Ce déclin illustre la réaction négative des écosystèmes terrestres aux événements extrêmes. Le projet Global Carbon Project estime que l’absorption de carbone du puits en 2023 s’est élevée à 2,3 ± 1 GtC/an, bien en dessous de celui de 3,9 ± 1 GtC/an observé en 2022 sous l’effet du phénomène La Niña, ou de la moyenne de 3,2 ± 0,9 GtC/an entre 2014 et 2023. Cependant, une certaine incertitude subsiste quant à l’ampleur du puits de carbone terrestre d’après les études, certaines incluant les émissions liées à l’exploitation des terres, estimées à environ 1 ± 0,7 GtC/an en 2023, ce qui se traduit par un puits réduit. L’affaiblissement du puits de carbone terrestre en 2023 n’est pas entièrement inhabituel (figure 3A), et il s’est partiellement rétabli au début de 2024 : de fortes baisses se sont produites par le passé, généralement lors d’années El Niño, avant de se rétablir par la suite. Le déclin à long terme pourrait dépendre du fait que la chaleur record et les conditions extrêmes généralisées de 2023-2024 relèvent d’une variabilité typique superposée au réchauffement à long terme, ou qu’elles signalent un changement plus profond du système climatique.
En 2023, plusieurs biomes terrestres ont libéré dans l’atmosphère des quantités de carbone supérieures à la moyenne, chacun pour des raisons et selon des dynamiques différentes. Les écosystèmes tropicaux ont constitué un puits de carbone plus faible que les années précédentes (figure 3B), en baisse de 58 %, passant de 2,8 GtC/an en 2022 à 1,2 GtC/an en 2023. Le réchauffement et la sécheresse sous l’influence de l’épisode El Niño ont réduit la productivité végétale au Sahel et dans le sud de l’Afrique, ainsi que l’absorption du carbone par la végétation en Amazonie. Les feux de forêts boréales canadiennes ont libéré 0,65 ± 0,08 GtC, un volume comparable aux émissions annuelles de combustibles fossiles de l’Union européenne, annulant plusieurs années d’absorption du carbone dans ces forêts jusque-là intactes.
Les émissions record liées aux feux de forêts boréales en 2023 s’inscrivent dans un changement plus large. Quand le réchauffement mondial a dépassé environ 1 °C, les feux ont commencé à entraîner des répercussions majeures sur le stockage du carbone à l’échelle mondiale. Compte tenu de l’augmentation prévue des surfaces brûlées sous l’effet du réchauffement climatique, les émissions des feux de forêt réduisent davantage la quantité d’émissions anthropiques compatibles avec l’objectif de 2 °C. Les feux au Canada ont attiré une attention particulière, témoignant de l’inquiétude croissante face à la vulnérabilité du puits de carbone terrestre des régions extratropicales nordiques. De nouvelles données suggèrent également une instabilité croissante des écosystèmes terrestres nordiques, auparavant considérés comme plus résilients aux changements climatiques. Bien que les écosystèmes terrestres extratropicaux nordiques restent un puits de carbone net, des études récentes, basées sur des données empiriques et des modèles, indiquent un ralentissement ou un déclin de leur absorption annuelle au cours des dernières décennies. Le passage, depuis 2016, d’une tendance à la hausse à une tendance à la baisse du carbone dans la biomasse vivante (une composante importante du puits de carbone terrestre) dans les écosystèmes nordiques (figure 3B) pourrait indiquer une accélération du transfert du carbone de la végétation vers l’atmosphère.
L’absorption de carbone par les forêts boréales a fortement diminué au cours des dernières décennies pour des raisons autres que les incendies, par exemple, les invasions d’insectes, la sécheresse et la mortalité anormale causée par la chaleur. En tenant compte des émissions liées aux changements d’affectation et à la gestion des terres, le stock moyen de carbone dans les forêts boréales a diminué de 36 % entre 2010 et 2019 par rapport aux deux décennies précédentes. Cependant, l’augmentation de l’absorption des puits de carbone dans les forêts tropicales en rétablissement et les forêts tempérées a permis de maintenir, en moyenne, la stabilité du puits de carbone mondial au cours de la dernière décennie.
La région du pergélisol, qui comprend la toundra et la majeure partie du biome boréal, subit des changements profonds liés au réchauffement, qui réduisent sa capacité à absorber et à stocker le carbone. Bien que le pergélisol nordique reste un puits net de CO₂, environ un tiers des terres arctiques et boréales est devenu une source nette, et les données suggèrent que le biome de la toundra n’est plus un puits. Si l’on prend en compte les émissions nettes de gaz à effet de serre – non seulement le CO₂, mais aussi le CH₄ et le N₂O – provenant des eaux intérieures, des incendies et du dégel brutal du pergélisol, la région pourrait déjà constituer une source nette de carbone de 0,14 GtC/an (-0,51 à 0,83; intervalle de confiance à 95 %).
Il demeure difficile de comprendre les répercussions à long terme des événements extrêmes sur le puits de carbone terrestre. Les incendies et les sécheresses relâchent d’importantes quantités de carbone de façon immédiate, mais la part de carbone qui demeure dans l’atmosphère – plutôt que d’être réabsorbée par les terres – dépend fortement du rythme et de l’ampleur du rétablissement des écosystèmes après les perturbations. Toutefois, ce rythme et cette ampleur restent incertains, ce qui rend difficile de prévoir les conséquences à long terme sur le carbone atmosphérique. Les modèles de végétation représentent mal la régénération forestière après les incendies, ce qui conduit à une sous-estimation systématique d’environ 1 GtC du puits de carbone terrestre nordique, tandis que l’absence de prise en compte des limites liées au phosphore dans ces modèles conduit à une surestimation du puits de carbone terrestre tropical.
Compte tenu des facteurs distincts qui régissent la dynamique des écosystèmes terrestres nordiques par rapport aux écosystèmes tropicaux, cela pourrait se traduire par un budget carbone anthropique mondial plus restreint pour un objectif de température donné. En raison de ces incertitudes, la capacité des écosystèmes terrestres à atténuer le changement climatique ne peut être tenue pour acquise à mesure que les températures mondiales continuent d’augmenter. Le renforcement des connaissances est essentiel pour une politique climatique crédible.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Le déclin du puits de carbone terrestre dans l’hémisphère nord réduit le « budget carbone restant », ce qui modifie en profondeur les méthodes actuelles de comptabilisation des émissions et de fixation des cibles dans le cadre de l’Accord de Paris et, par conséquent, exige une réduction encore plus rapide des émissions de GES et un recours accru à l’élimination du carbone.
- Les projections climatiques servant de base à l’élaboration des démarches, des cibles et des plans nationaux d’atténuation doivent intégrer les connaissances scientifiques les plus récentes sur l’état des puits de carbone naturels et leur stabilité dans le contexte de scénarios d’émissions plausibles.
- Les CDN actuelles excluent systématiquement les émissions du pergélisol, malgré le fait que la région pergélisolée abrite le plus grand réservoir de carbone du sol de la planète et qu’elle constitue déjà une source nette de carbone. Il est donc urgent d’établir des exigences de rapport obligatoires pour les émissions du pergélisol.
- Le Global Greenhouse Gas Watch (G3W), mis en place par l’OMM pour surveiller, attribuer et prévoir les flux de GES (y compris ceux résultant de la dégradation des sols et des rétroactions biosphère-climat), joue un rôle fondamental dans l’intégration des observations du système terrestre aux inventaires nationaux et aux évaluations des stocks. Les nouvelles lignes directrices normalisées de surveillance du pergélisol sont un ajout particulièrement opportun.
- Les politiques climatiques en matière d’atténuation et d’adaptation doivent être abordées conjointement dans l’aménagement du territoire et la gouvernance des écosystèmes. La résilience des écosystèmes, reconnue comme une priorité de l’objectif mondial d’adaptation (OMA), devient de plus en plus pertinente pour l’atténuation dans ce contexte. Les techniques appropriées de gestion des sols et des terres, qui renforcent la résilience des écosystèmes face à l’intensification des feux de forêt et du dégel du pergélisol peuvent donc contribuer à réduire le transfert de carbone vers l’atmosphère. De même, la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes, la Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement (REDD+) et les initiatives prises dans le cadre du Forum des Nations Unies sur les forêts pourraient être réajustées au-delà des zones forestières afin d’inclure le renforcement de la résilience face aux incendies, à la sécheresse et aux effets du réchauffement sur les puits de carbone boréaux et tropicaux.

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Le changement climatique et la perte de biodiversité s’amplifient mutuellement
MESSAGES CLÉS
- Le changement climatique affecte la biodiversité à l’échelle locale comme mondiale, et des données de plus en plus nombreuses suggèrent que cette perte accrue de biodiversité pourrait contribuer au changement climatique, entraînant une rétroaction déstabilisante.
- La perte de diversité végétale causée par le changement climatique et les changements de l’affectation des terres peut affaiblir le fonctionnement des écosystèmes, entraînant une diminution de l’accumulation de biomasse et une réduction du stockage du carbone.
- Les initiatives de solutions naturelles au changement climatique, qui prennent en compte l’intégrité des écosystèmes et la composition des espèces, plutôt que de se limiter à la superficie des zones couvertes, peuvent protéger plus efficacement la fonction de puits de carbone.
Le changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des enjeux environnementaux les plus urgents et les plus interdépendants. De nombreuses études démontrent l’incidence potentielle du changement climatique sur la biodiversité à l’échelle locale comme mondiale : entre 3 et 6 millions (voire plus) d’espèces animales et végétales sont menacés, même dans des scénarios où le changement climatique est modéré. Il existe également de plus en plus de preuves que la perte de biodiversité contribue à déstabiliser la rétroaction, affectant directement la stabilité du climat. Les études montrent constamment qu’une diversité végétale accrue sur les terres peut améliorer le fonctionnement des écosystèmes, notamment le stockage du carbone, et que ces effets se renforcent avec le temps (voir le tableau 1 pour les mécanismes).
Tableau 1. Mécanismes qui sous-tendent la relation entre la biodiversité et le stockage du carbone.
| Mécanisme | Description |
| Effet de complémentarité | Dans les communautés diversifiées, les espèces varient par leurs caractéristiques et leur utilisation des ressources, ce qui permet une exploitation plus optimale des ressources disponibles, ce qui peut améliorer le fonctionnement des écosystèmes (par exemple, la productivité primaire) par le biais de processus tels que la répartition des niches et la facilitation. |
| Effet de sélection | Dans les communautés plus diversifiées, la probabilité d’inclure des espèces particulièrement productives ou dominantes sur le plan compétitif augmente. Ces espèces peuvent contribuer de manière disproportionnée à la production de biomasse et au stockage du carbone, ce qui améliore le fonctionnement global de l’écosystème. |
| Effets de stabilité et d’assurance | Les écosystèmes diversifiés tendent à être plus stables dans leur fonctionnement au fil du temps (p. ex., pour les flux de carbone), car les réponses asynchrones des espèces aux variations environnementales permettent de compenser les pertes de fonctionnement global. |
Puisqu’une plus grande diversité de plantes conduit à davantage de biomasses dans un lieu donné au fil du temps, la perte de diversité végétale due au changement climatique et aux changements de l’affectation des terres peut entraîner une diminution de la biomasse et une réduction du stockage du carbone. Une étude récente a révélé que la disparition prévue d’espèces végétales à l’échelle mondiale pourrait entraîner des émissions de 7 à 146 GtC au cours des prochaines décennies (figure 4). Bien que l’intervalle de confiance soit large, les estimations les plus élevées représentent une part substantielle du budget carbone restant avant que le réchauffement ne dépasse 1,5 ou 2 °C. De même, la conservation de la diversité des arbres grâce à des mesures d’atténuation du changement climatique pourrait correspondre à une réduction des émissions de 2 à 3 GtC/an.
Si la diversité des arbres peut améliorer la séquestration et le stockage du carbone dans les systèmes agroforestiers, il demeure moins clair que l’augmentation de la diversité des plantes dans les agroécosystèmes de terres cultivées puisse avoir un effet similaire. Un vaste essai sur le terrain associant une culture intercalaire à une culture céréalière a montré que l’augmentation de la diversité végétale dans les agroécosystèmes peut renforcer le potentiel de stockage du carbone dans les sols sans nuire à la productivité. Cet essai confirme des études antérieures suggérant que la manipulation de la diversité végétale peut améliorer la productivité des plantes et influencer positivement les interactions entre les microorganismes, en augmentant l’efficacité de leur croissance, facteur clé du stockage du carbone dans le sol.
Bien que le rôle de la diversité végétale sur le fonctionnement des écosystèmes soit bien établi, la force de cette relation peut varier selon les biomes et les conditions environnementales. Des analyses à grande échelle ont montré que le lien entre la biodiversité et la productivité est plus fort dans les écosystèmes moins productifs. De même, des études ont révélé que les effets de la diversité végétale sur le stockage du carbone organique dans le sol étaient plus marqués dans les sites plus secs. Pour réduire les incertitudes, il est nécessaire de mener des recherches sur différents biomes, gradients environnementaux et espèces afin de clarifier les mécanismes écologiques sous-jacents aux variations de la relation entre biodiversité et stockage du carbone.
Les interactions plantes-animaux, par exemple au sein des chaînes alimentaires, et les fonctions écosystémiques peuvent potentiellement modifier la structure de la végétation et la composition des espèces végétales, ce qui peut à son tour influencer la biomasse aérienne et souterraine. Par exemple, des études montrent que dans les forêts africaines, les éléphants augmentent la biomasse aérienne, tandis que dans les savanes africaines, une biomasse plus élevée est observée lorsque le nombre d’herbivores est plus faible. Dans les systèmes tropicaux, la diminution des espèces animales due à l’activité humaine pourrait réduire le stockage du carbone jusqu’à 26 %, principalement en raison du déclin des espèces d’arbres dont la dispersion dépend des animaux. Dans la forêt atlantique brésilienne, une étude a révélé que les frugivores – qui se nourrissent de fruits, de noix, de pousses, de racines et de graines – peuvent potentiellement favoriser la récupération du carbone dans les paysages forestiers fragmentés, à condition que la couverture forestière soit d’au moins 40 %. Cependant, ces espèces pourraient être touchées de manière disproportionnée par le changement climatique, en particulier dans les zones tropicales. Indépendamment de ces interactions entre espèces, les données probantes démontrant le rôle des animaux terrestres comme contributeurs aux solutions climatiques sont limitées et restent contestées.
Les animaux peuvent également influencer le stockage du carbone dans les océans. Grâce à leur grande taille, les baleines séquestrent le carbone sous forme de biomasse, qui se retrouve au fond de l’océan après leur mort. Le rétablissement des populations de cétacés à fanons, ainsi que des services qu’ils rendent en recyclant les nutriments, pourrait accroître la productivité et contribuer à restaurer des fonctions écosystémiques perdues à cause de la chasse à la baleine au XXe siècle. Toutefois, les bénéfices carbone associés à ce rétablissement sont de plus en plus menacés par le changement climatique.
Les approches multidisciplinaires et transdisciplinaires pour comprendre les processus sociaux, écologiques et physiques liés à la perte de biodiversité et au changement climatique – notamment l’absorption et la libération du carbone, ainsi que le maintien du carbone stocké – sont essentiels pour évaluer les mécanismes de rétroaction déstabilisants. En raison de cette rétroaction, l’atteinte des objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal (CMBKM) peut contribuer directement aux CDN des pays dans le cadre de la CCNUCC en réduisant la dette de carbone causée par la perte de biodiversité. Pour atteindre efficacement les objectifs en matière de climat et de biodiversité, il est nécessaire de reconnaître l’interdépendance entre la conservation et la restauration de la biodiversité et l’atténuation efficace du changement climatique, et agir en conséquence. Malgré l’importance de la biodiversité dans le stockage du carbone, de nombreuses initiatives visant à trouver des solutions naturelles au changement climatique se concentrent sur l’étendue et la couverture des écosystèmes, plutôt que sur leur qualité et leur composition, qui ont une incidence sur l’efficacité du puits de carbone. La préservation et la restauration de la diversité des écosystèmes tout en tenant compte des connaissances et des modes de vie autochtones et traditionnels peuvent constituer une mesure efficace pour parvenir à la pérennité face aux multiples crises mondiales et, par conséquent, contribuer à la réalisation des accords du CMBKM et sur les CDN. Les peuples autochtones et les collectivités locales apportent des connaissances propres aux lieux et aux biomes qui orientent les politiques locales et soutiennent les objectifs mondiaux.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- L’atteinte des objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal peut contribuer directement aux efforts d’atténuation en réduisant la dette de carbone liée à la perte de biodiversité. Cette contribution passe par la préservation et la restauration d’écosystèmes biodiversifiés et par le soutien de pratiques bioculturelles ancrées dans les connaissances et les modes de vie autochtones et traditionnels.
- L’exploitation des synergies entre les trois conventions environnementales de Rio (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Convention sur la diversité biologique, Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification) au moyen de stratégies conjointes de mise en œuvre et de financement aux échelons nationaux et régionaux pourrait permettre d’éviter une fragmentation des actions et de générer des avantages connexes dans les domaines du climat, de la biodiversité et de l’utilisation des terres.
- On pourrait favoriser les programmes de restauration qui améliorent à la fois la biodiversité et la capacité de stockage du carbone, comme ceux qui concernent des forêts indigènes diversifiées plutôt que des monocultures, en adaptant les mécanismes de financement pour soutenir ces types de projets.
- Les pratiques visant à protéger la biodiversité et les fonctions écosystémiques dans les agroécosystèmes afin de maintenir la productivité constituent des solutions climatiques naturelles potentielles qui améliorent la séquestration et le stockage du carbone.
- On peut compléter les systèmes nationaux de comptabilisation du carbone par des indicateurs de biodiversité et d’intégrité des écosystèmes, qui permettent de surveiller, de déclarer et de vérifier les stocks de carbone ainsi que les fonctions écologiques qui les soutiennent.
- L’intégration des connaissances transdisciplinaires – qui fait le pont entre l’écologie, la modélisation climatique et les savoirs autochtones et locaux – offre la possibilité d’élaborer conjointement des politiques en matière de biodiversité et de climat qui sont solides du point de vue scientifique et adaptées au contexte.

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Le changement climatique accélère l’épuisement des eaux souterraines
MESSAGES CLÉS
- Le rythme de l’épuisement des eaux souterraines à l’échelle mondiale s’accélère par rapport à la période 1980-2000, sous l’effet conjugué des pressions climatiques et de l’augmentation des besoins socioéconomiques.
- Les eaux souterraines constituent un élément dynamique et sensible au climat du cycle mondial de l’eau, et le changement climatique déstabilise de plus en plus les régimes hydrologiques en perturbant la réalimentation de ces eaux. Parallèlement, les taux de prélèvement des eaux souterraines à l’échelle mondiale ont rapidement dépassé la croissance de la population, et les demandes futures, en particulier celles liées à la production alimentaire, devraient aggraver ce problème.
- Les eaux souterraines constituent un tampon essentiel contre les effets du changement climatique sur l’agriculture. Toutefois, la hausse du prélèvement des eaux souterraines utilisées pour l’irrigation afin de contrer le réchauffement des températures n’est pas une stratégie d’adaptation durable.
- Au-delà de la pénurie d’eau, l’épuisement des eaux souterraines entraîne des coûts environnementaux et socioéconomiques importants, comme l’affaissement du sol, qui endommage les zones agricoles et urbaines, et l’intrusion de l’eau salée, dans les zones côtières, qui peut être aggravée par l’épuisement des aquifères.
Après les glaces polaires, les eaux souterraines constituent la deuxième source d’eau douce la plus importante – près de la moitié de l’humanité en dépend. Elles garantissent la sécurité hydrique et alimentaire de centaines de millions de personnes, en particulier dans les régions où les précipitations sont irrégulières. Au début du 20e siècle, les prélèvements d’eaux souterraines dans le monde ont augmenté à peu près parallèlement à la croissance démographique, mais depuis les années 1960, les taux ont triplé, passant d’environ 312 km³/année à plus de 1 000 km³/année, alors que la population mondiale n’a augmenté que d’un facteur de 2,6; des facteurs autres que la croissance de la population sont donc en jeu. La plupart des eaux souterraines pompées sont utilisées pour l’irrigation, et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’il y aura une hausse de 30 % de l’agriculture irriguée au cours des prochaines décennies, en particulier dans les pays en développement, afin de nourrir une population de 10 milliards d’humains d’ici 2050. En raison des étés plus secs prévus et des précipitations inégalement réparties dans de nombreuses régions du globe, notre dépendance envers les eaux souterraines comme ressource stable s’accentuera. Si le changement climatique joue un rôle important dans la modification des besoins en irrigation, les facteurs socioéconomiques, comme l’intensification de l’agriculture et l’évolution des préférences alimentaires, sont tout aussi importants dans les tendances d’épuisement des eaux souterraines à long terme. Par conséquent, la disponibilité des eaux souterraines constituera un enjeu majeur pour la population croissante et de plus en plus prospère de la Terre au 21e siècle.
Ces eaux constituent un tampon essentiel contre les effets du changement climatique sur l’agriculture, car elles permettent de cultiver des plantes exigeantes en eau et à récoltes multiples, comme la luzerne ou les avocats, dans des régions arides comme l’Arizona et le Chili. Mais l’utilisation des eaux souterraines comme stratégie d’adaptation pour contrer le réchauffement climatique peut entraîner une augmentation des prélèvements aux fins d’irrigation, accélérant ainsi les taux d’épuisement dans les zones où les eaux souterraines sont déjà sollicitées, comme en Inde. Le lancement du satellite Gravity Recovery and Climate Experiment (GRACE), en 2002, a marqué un tournant dans l’observation des eaux souterraines à l’échelle mondiale, en permettant de visualiser les anomalies de stockage à partir des variations de l’attraction gravitationnelle de la Terre. Jusqu’alors, notre compréhension était fondée sur les puits forés et l’inspection des archives géologiques. GRACE a révélé, avec une résolution mensuelle, des baisses importantes dans des zones agricoles clés du monde entier. Le satellite a observé des réductions de 0,26 cm/année et de 1 cm/année entre 2003 et 2024, respectivement dans la vallée centrale et les hautes plaines du sud des États-Unis. Au cours de la même période, des baisses notables de 0,66 cm/année et de 0,44 cm/année ont été observées dans le nord-ouest de l’Inde et dans la plaine de la Chine du Nord.
Plus récemment, les limites de GRACE ont été mises en évidence, notamment sa faible résolution spatiale, la période de collecte de données relativement courte (2002-2024) et sa difficulté à distinguer les différentes composantes du stockage de l’eau (c.-à-d. les eaux souterraines, l’humidité du sol et les réserves d’eau provenant de la neige). Il est essentiel de combler le fossé entre les mesures traditionnelles des eaux souterraines locales et les observations par télédétection pour permettre une gestion efficace, en particulier dans les régions vulnérables où les observations des puits sont limitées, comme en Afrique subsaharienne. Dans cette région, les eaux souterraines fournissent 75 % de l’eau potable et sont menacées d’épuisement en raison du changement climatique. L’International Groundwater Resources Assessment Centrea été créé en 2003 par l’UNESCO et l’Organisation météorologique mondiale afin de consolider les données mondiales sur les eaux souterraines. Vingt ans plus tard, en raison des politiques nationales d’échange de données et de la diversité des formats de données, la constitution d’une base de données mondiale sur les puits demeure difficile.
Une compilation mondiale de plus de 170 000 séries chronologiques des niveaux des eaux souterraines provenant de 40 pays, comprenant près de 300 millions d’observations, fournit un ensemble de données couvrant quatre décennies et permettant de comparer les tendances dans 1 693 aquifères du monde entre les périodes 1980-2000 et 2000-2022. En plus de confirmer la généralisation du déclin des eaux souterraines, l’analyse a permis d’observer que dans près de la moitié des systèmes aquifères en déclin dans le monde, la baisse du niveau des eaux souterraines s’est accélérée au cours des deux dernières décennies. Plus de 80 % de tous les aquifères connaissant un déclin accéléré sont situés dans des zones arides cultivées où les précipitations ont diminué et où l’utilisation des terres agricoles s’est intensifiée.
Une étude récente a montré que les eaux souterraines constituent un élément dynamique et sensible au climat du cycle mondial de l’eau. Sous l’effet des pressions anthropiques, son comportement a subi des changements critiques; la réalimentation à l’échelle mondiale, processus par lequel l’eau s’écoule de la surface vers les eaux souterraines, est de plus en plus déstabilisée par le changement climatique. La dynamique de réalimentation des eaux souterraines est perturbée, en particulier dans les bassins dépendant de la fonte des neiges, où les débits de pointe plus précoces résultant du changement climatique diminuent l’infiltration et exacerbent les pertes de stockage. En même temps, les sécheresses diminuent les taux de réalimentation, et les pluies intenses ne parviennent souvent pas à s’infiltrer en raison du compactage du sol ou d’un ruissellement rapide. De nombreuses régions arides sont susceptibles de connaître des baisses marquées de la réalimentation en raison de la diminution des précipitations et de l’augmentation de l’évapotranspiration (figure 5A).
Le déclin des eaux souterraines laisse également derrière lui un espace poral vide (figure 5E), dans lequel le sol s’affaisse, ce qui représente une menace imminente pour les terres agricoles et les communautés urbaines dans les mégapoles, comme Bangkok, Jakarta ou Manille. Bien qu’il s’agisse de loin de la plus grande menace socioéconomique associée au déclin des eaux souterraines, les régions côtières sont également menacées par l’intrusion de l’eau de mer dans les aquifères (figure 5D). Les petites îles sont particulièrement vulnérables, car l’eau douce flottant au-dessus de l’eau de mer peut facilement devenir salée en raison d’un pompage excessif, d’une réalimentation réduite et d’ondes de tempête, autant de facteurs qui pourraient s’intensifier à cause du changement climatique. Une fois qu’un aquifère est contaminé, il faut parfois des décennies pour le réapprovisionner en eau douce propre.
ENCADRÉ 2. EXEMPLES DE RÉUSSITE EN MATIÈRE DE POLITIQUES ET DE STRATÉGIES DE GESTION INTÉGRÉE POUR LA SÉCURITÉ HYDRIQUE
- Les efforts déployés par la Chine pour restaurer les eaux souterraines ont permis de réaliser des progrès remarquables à la suite de la mise en œuvre du règlement sur la gestion des eaux souterraines (2021), la première réglementation administrative spécialisée du pays dans ce secteur. Guidés par cette politique, le ministère des Ressources en eau et le ministère des Ressources naturelles ont procédé à une réévaluation nationale des zones d’eaux souterraines surexploitées, en analysant les données de 34 929 puits de surveillance, avec la contribution de plus de 2 000 experts. Les résultats révèlent une réduction de 51 % (88 300 km²) des zones fortement surexploitées par rapport à 2015, ainsi qu’une diminution importante des volumes d’extraction.
- En 2012, le Kansas (États-Unis) a établi le cadre Local Enhanced Management Areas pour permettre aux districts de gestion des eaux souterraines de mettre en place des réductions ciblées de l’utilisation de l’eau dans les zones épuisées de l’aquifère d’Ogallala. Cette approche a permis de réduire les prélèvements jusqu’à 35 % dans certaines régions tout en maintenant la rentabilité nette de l’agriculture.
- La Californie, où se trouve l’aquifère gravement épuisé de la vallée centrale, a adopté la Sustainable Groundwater Management Act en 2014 pour remédier à la surexploitation des eaux souterraines et promouvoir des pratiques d’irrigation durables. Cette législation autorise les organismes locaux à former des agences pour la pérennité des eaux souterraines chargées d’élaborer des plans qui équilibrent l’extraction et la réalimentation, préviennent les résultats indésirables, comme l’affaissement du sol et la dégradation de la qualité de l’eau, et garantissent la fiabilité à long terme de l’approvisionnement en eau.
- Le programme indien de gestion participative des eaux souterraines, Atal Bhujal Yojana, encourage les efforts de conservation communautaires dans les États avec un fort épuisement des eaux souterraines grâce à une gouvernance décentralisée, à une participation incitative et à une collaboration entre les institutions étatiques et locales. Le programme a donné des résultats prometteurs, notamment le renforcement des capacités institutionnelles locales, l’engagement actif des jeunes et une sensibilisation accrue aux pratiques agricoles durables. Ces dernières années, on a également observé plusieurs cas notables d’adoption des techniques de micro-irrigation et de diversification des cultures, reflétant une dynamique croissante en faveur d’une utilisation efficace des eaux souterraines en agriculture.
La baisse du niveau des eaux souterraines peut souvent résulter du gaspillage de l’eau et de leur prélèvement non durable, ce qui peut être atténué par l’amélioration des méthodes d’irrigation et une meilleure gestion de l’eau. Les politiques relatives à la gouvernance transfrontalière et à la gestion de la réalimentation des aquifères, qui compensent actuellement moins de 10 % de l’extraction mondiale, sont également importantes. Cette approche reconnaît l’interdépendance des eaux souterraines, des eaux de surface et des écosystèmes qui en dépendent. Elle sera cruciale pour atténuer les effets en cascade sur la biodiversité et la sécurité hydrique pour l’humain à une époque où le changement climatique s’accélère. Les politiques qui dépassent les frontières et incluent des parties prenantes à tous les échelons sont considérées comme plus efficaces en raison de leur souplesse, de leur adaptabilité et de leur capacité à susciter l’engagement, tout en tenant compte des interactions complexes entre les systèmes socioécologiques (encadré 2).
Dans un monde de plus en plus soumis au stress hydrique, l’avenir durable des eaux souterraines exige une action urgente qui concilie les besoins humains et la santé des écosystèmes. Une gestion durable et réussie des eaux souterraines nécessite une surveillance à long terme et une participation significative des parties prenantes à la planification et aux décisions politiques. Une analyse de 108 plans au titre de la Sustainable Groundwater Management Act de la Californie a révélé que la plupart d’entre eux n’incluaient pas suffisamment les parties prenantes, laissant de nombreuses personnes sans protection face à l’épuisement des eaux souterraines. Lorsque les parties prenantes participaient au processus, leurs besoins étaient mieux satisfaits, ce qui souligne l’importance de surveiller les ressources, d’élaborer des politiques inclusives et d’intégrer diverses parties pour assurer la durabilité à long terme des eaux souterraines.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Les parties peuvent associer les efforts de conservation des eaux souterraines aux pratiques agricoles durables afin de favoriser la résilience et la transformation des systèmes agroalimentaires, conformément au Programme de travail conjoint de Charm el-Cheikh sur l’agriculture et la sécurité alimentaire.
- La coopération dans le domaine des eaux transfrontalières devrait être intégrée aux stratégies d’adaptation au changement climatique. Les pays pourraient collaborer pour harmoniser leurs initiatives dans le cadre de la Convention sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux, ou pour établir des cadres d’adaptation bilatéraux ou régionaux qui intègrent la gestion des eaux transfrontalières. Même si certains plans nationaux d’adaptation (PNA) mentionnent les enjeux liés aux eaux transfrontalières, ces mentions sont souvent limitées et ne tiennent pas pleinement compte des effets du changement climatique dans les pays voisins qui pourraient menacer les ressources et les écosystèmes communs. Les PNA doivent adopter une approche plus délibérée pour repérer, évaluer et traiter les risques climatiques transfrontaliers au-delà des frontières nationales.
- La Global Commission on the Economics of Water souligne l’absence d’instruments mondiaux pour la gestion de l’eau douce, ce qui met en évidence une importante lacune en matière de gouvernance. La diplomatie climatique devrait accorder une place importante à la question des eaux souterraines en tant que bien commun mondial. En outre, les stratégies d’adaptation devraient inclure l’utilisation durable des eaux souterraines en intégrant une approche résiliente au changement climatique dans les PNA et dans les discussions menées dans le cadre de l’objectif mondial d’adaptation.
- Grâce au soutien du Mécanisme technologique et des cadres de renforcement des capacités de la CCNUCC, il convient de promouvoir une coopération Sud-Sud et Nord-Sud accrue afin de renforcer les outils de surveillance des eaux souterraines.
- L’avenir durable des eaux souterraines requiert des mesures urgentes qui concilient les besoins humains et la santé des écosystèmes dans un monde soumis à un stress hydrique croissant. La situation nécessite un suivi des ressources, l’élaboration de politiques inclusives et l’intégration de diverses parties prenantes.

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On observe et prévoit une hausse de la dengue en raison du climat
MESSAGES CLÉS
- La dengue a connu la plus grande éclosion mondiale jamais enregistrée, avec un nombre record de 14,2 millions de cas signalés en 2024.
- Les changements de température étendent l’habitat des moustiques et allongent la saison de transmission, créant ainsi des conditions favorables à leur reproduction et à leur survie, ce qui contribue à l’augmentation du nombre de cas de dengue.
- L’urbanisation, la gestion insalubre des déchets, le commerce et les déplacements internationaux, ainsi que le changement climatique, contribuent également à propager la transmission dans des zones auparavant épargnées et à en augmenter globalement l’intensité.
- Les éclosions de dengue peuvent déjà submerger les systèmes de santé et perturber les économies, et les projections indiquent une hausse encore plus forte sous l’effet du changement climatique d’ici 2050 et 2100.
La dengue a connu une forte augmentation au cours des deux dernières années, atteignant 14,2 millions de cas signalés en 2024, ce qui représente la plus grande éclosion mondiale jamais enregistrée selon l’Organisation mondiale de la Santé. Elle est causée par un virus à ARN, du genre Flavivirus, comprenant quatre sérotypes avec une immunité croisée limitée, de sorte que les personnes peuvent contracter la dengue jusqu’à quatre fois. Le chiffre officiel de 2024 sur le fardeau de la dengue est une sous-estimation du vrai fardeau mondial : il est probable que les cas soient sous-déclarés, car ils peuvent être classés à tort comme des cas de paludisme dans les pays où les deux maladies sont endémiques; les pays ne disposent pas tous de systèmes permettant de suivre avec précision les éclosions à grande échelle; et dans les pays où la dengue est rare, les professionnels de la santé ne pensent pas spontanément à cette maladie. Près de la moitié de la population mondiale est aujourd’hui exposée au risque de dengue, le nombre d’infections étant estimé entre 100 et 400 millions par année. Alors qu’environ 75 à 80 % des premiers cas de dengue sont bénins ou asymptomatiques (et donc sous-déclarés), les infections ultérieures peuvent prendre des formes plus graves, notamment la dengue hémorragique, qui peut être mortelle.
La dengue, maladie virale la plus courante transmise par les moustiques, est en hausse, car les changements de température étendent les habitats des moustiques et créent des conditions favorables à leur reproduction et à leur survie, bien que certaines régions prévoient une diminution de ces conditions. Les régions climatiques favorables à la propagation géographique de la dengue par Aedes albopictus et Aedes aegypti ont connu une hausse de 46,3 % et de 10,7 % respectivement, de 1951 à 1960 et de 2014 à 2023 (figure 6). Les moustiques qui transportent et transmettent le virus de la dengue peuvent également transporter les virus Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune, ce qui rend la lutte contre ces espèces particulièrement importante.
Les éclosions de dengue sont déjà susceptibles de submerger les systèmes de santé et de perturber les économies, et les projections annoncent des hausses encore plus importantes d’ici le milieu et la fin du siècle. En Amérique, on a signalé plus de 13 millions de cas en 2024, principalement au Brésil, où 17 villes ont déclaré l’état d’urgence. Aux États-Unis, une alerte de santé publique a été émise, indiquant une transmission locale en Californie, en Floride et au Texas, tandis que Porto Rico a déclaré l’état d’urgence sanitaire. Une étude récente suggère que le changement climatique est responsable de 40 % des cas de dengue dans certains pays d’Amérique. Le changement climatique et l’activité humaine ont entraîné la redistribution des moustiques vecteurs, modifiant les habitats et facilitant la propagation des maladies dans des zones auparavant épargnées. Les moustiques eux-mêmes ont pris goût à l’humain plutôt qu’à d’autres espèces, et cela est particulièrement évident dans les zones urbanisées. A. aegypti, le principal vecteur de la dengue en Amérique, prospère dans les climats chauds et s’est répandu dans les régions tropicales et subtropicales. Il est bien adapté à l’environnement humain et se reproduit même dans de petites quantités d’eau, ce qui le rend difficile à contrôler. A. albopictus, le « moustique tigre originaire d’Asie », s’est propagé dans des régions tempérées, comme l’Europe, grâce au commerce mondial et à sa capacité à survivre dans des climats plus froids. Il pique pendant la journée, ce qui pose un problème dans les cours d’école. Cependant, la simple présence de ces moustiques n’entraîne pas immédiatement de nouveaux cas de dengue : il existe souvent un décalage entre leur arrivée et la transmission durable, ce qui complique la compréhension du public et les efforts d’intervention.
Le nombre de cas en Afrique était neuf fois plus élevé en 2023 qu’en 2019. Dans plusieurs pays signalant une hausse du nombre de cas, la surveillance, le suivi et le contrôle limités sont encore difficiles en raison des conflits en cours, du nombre important de personnes déplacées et des facteurs climatiques. Ailleurs, la dengue est présente là où elle ne l’était pas auparavant. Le Népal a enregistré des cas de mars à novembre 2023, révélant des pics disséminés et non concentrés à Katmandou, mais répartis dans l’ensemble du pays à diverses altitudes, ce qui laisse croire que des facteurs écologiques et climatiques ne constituent peut-être déjà plus des obstacles efficaces. En Europe, le climat est le principal facteur prédictif des flambées de virus transmis par les moustiques, les tiques et les phlébotomes, les étés plus longs et plus chauds augmentant considérablement le risque, en particulier dans les zones urbaines et semi-urbaines. La région a connu une augmentation constante des cas de dengue importés et locaux, avec des chiffres record en 2024 : plus de 200 cas transmis localement en Italie et 85 en France. Depuis 2000, l’Europe a enregistré plus de 45 000 cas de dengue, de provenance étrangère ou transmis localement, ce qui témoigne d’une vulnérabilité croissante.
Si le changement climatique crée des conditions propices à la transmission, les déplacements et les échanges internationaux jouent également un rôle clé dans l’arrivée des moustiques et du virus dans de nouvelles régions. Les voyageurs peuvent, sans le savoir, transporter la dengue dans des zones où les populations de moustiques peuvent la transmettre, ce qui provoque des éclosions, comme cela s’est produit en Floride (États-Unis).
La propagation de la dengue n’est pas inévitable. Diverses méthodes de lutte contre les vecteurs se sont avérées efficaces. La lutte contre les moustiques demeure l’élément clé de l’intervention (comme les mesures de Singapour pour empêcher le développement des larves), mais d’autres approches sont actuellement à l’étude, notamment l’utilisation de bactéries particulières pour empêcher la transmission de la dengue par les moustiques. Ces stratégies comportent des risques : une exposition réduite à la dengue peut rendre la population plus vulnérable et entraîne généralement une diminution des investissements dans les stratégies de contrôle, ce qui soulève des questions quant à leur fiabilité à long terme et crée des tensions entre les stratégies de lutte contre les vecteurs et celles d’intervention de santé publique.
Des vaccins ont été mis au point, mais ne sont pas encore largement répandus ni universellement recommandés, ce qui rend les systèmes de surveillance et d’alerte précoce essentiels à la prévention et à l’intervention. Les systèmes de surveillance qui permettent de repérer les infections chez les voyageurs (p. ex., les applications téléphoniques qui s’appuient sur les déclarations des voyageurs) sont devenus des outils d’alerte précoce précieux, surtout pour les pays dont le système de surveillance sanitaire est moins bon.
Alors que le monde fait face à la propagation continue des maladies transmises par les moustiques Aedes, inverser cette tendance nécessitera une combinaison d’interventions de santé publique robustes, de stratégies innovantes de lutte contre les vecteurs et de systèmes d’alerte précoce avec une surveillance renforcée afin de garder une longueur d’avance sur cette menace croissante.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- La déclaration des Émirats arabes unis sur le climat et la santé lors de la COP28, la Coalition de continuité des présidences de la COP pour le climat et la santé de Bakou et les travaux en cours pour élaborer le Plan d’action pour la santé de Belém montrent une tendance croissante à inclure la santé dans les discussions de la CCNUCC. La mise en œuvre du plan nécessite une collaboration internationale accrue afin de réunir le financement nécessaire à la mise en place de systèmes de santé résistants au changement climatique.
- La propagation accrue de la dengue exige une surveillance sanitaire mondiale renforcée et des systèmes d’alerte précoce qui intègrent les données climatiques aux systèmes de surveillance sanitaire et mettent en place des protocoles normalisés pour suivre les maladies sensibles au climat au-delà des frontières. Le cadre de l’Initiative mondiale de lutte contre les arbovirus de l’OMS constitue une base, mais sa mise en œuvre doit s’accélérer.
- Même si la dengue est largement reconnue comme un risque sanitaire prioritaire sensible au climat, les plans nationaux d’adaptation devraient comprendre des mesures d’adaptation concrètes. La planification nécessite des mécanismes de coordination intersectorielle entre les organismes responsables de la santé, de la météorologie et de l’environnement; une amélioration des systèmes de surveillance et d’alerte précoce; et des évaluations de la vulnérabilité au niveau infranational afin de repérer les populations et les zones à risque élevé.
- Étant donné que les éclosions de dengue risquent de submerger les systèmes de santé et de perturber les économies, il est essentiel de renforcer la résilience de manière proactive :
- intensifier les stratégies de gestion intégrée des vecteurs (GIV);
- mettre en œuvre des mesures d’adaptation « sans regret », notamment l’amélioration des systèmes de stockage de l’eau et de gestion des déchets solides afin de réduire les sites de reproduction des vecteurs;
- renforcer l’état de préparation des systèmes de santé, notamment en améliorant la capacité de prise en charge des cas et les capacités de diagnostic des laboratoires.
- Le groupe d’experts en santé du programme de travail sur les indicateurs EAU-Belém pour l’objectif mondial d’adaptation qui sera conclu lors de la COP30, recommande d’inclure des indicateurs liés aux maladies à transmission vectorielle afin de suivre les progrès accomplis vers la réalisation de l’objectif consistant « à renforcer la résilience face aux effets du changement climatique sur la santé, à promouvoir des services de santé résilients au climat et à réduire de manière importante la morbidité et la mortalité liées au climat, en particulier dans les communautés les plus vulnérables » [traduction]. Ceux-ci devraient être officiellement adoptés par les parties.

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La perte de productivité de la main-d’œuvre et de revenus est liée au changement climatique
MESSAGES CLÉS
- Le changement climatique affecte les économies de nombreuses façons, mais l’une des plus clairement établies est l’effet négatif du stress thermique sur la productivité de la main-d’œuvre. Un réchauffement supplémentaire de la planète de 1 °C devrait exposer plus de 800 millions de personnes dans les régions tropicales à des niveaux dangereux de stress thermique, ce qui pourrait réduire les heures de travail de 50 %.
- Même si les effets directs sont concentrés dans les pays en développement, les dommages économiques sont amplifiés à l’échelle mondiale par les chaînes d’approvisionnement et le commerce. Par conséquent, les pertes de revenus mondiales ne se limitent pas aux régions où le stress thermique se produit.
- Dans un scénario de faibles émissions, les pertes annuelles mondiales du PIB causées par les effets sur l’emploi pourraient être limitées entre 0,1 % et 0,8 %, tandis qu’elles seraient comprises entre 1,4 % et 4,5 % dans des scénarios de fortes émissions; ces chiffres représentent un argument économique convaincant solide en faveur d’une action climatique plus ambitieuse. Bien que les estimations des coûts économiques globaux varient en fonction de l’approche méthodologique, il existe un consensus sur l’incidence négative sur les revenus mondiaux.
Les estimations des coûts économiques du changement climatique sont essentielles pour orienter les décisions relatives aux mesures d’atténuation et d’adaptation. Elles peuvent révéler les principaux mécanismes d’influence du changement climatique sur l’économie; repérer les risques dans les régions, secteurs et groupes démographiques; mettre en évidence des enjeux de justice et d’équité; et soutenir les efforts de réduction des émissions.
L’une des principales conséquences du changement climatique sur l’économie est la diminution de la productivité de la main-d’œuvre (figures 7A et B), et le consensus est clair : l’exposition au stress thermique dangereux et ses effets augmenteront considérablement à l’avenir. Il reste difficile de définir clairement le stress thermique en tenant compte de variables autres que la température, comme l’humidité. Un réchauffement supplémentaire de la planète de 1 °C devrait exposer plus de 800 millions de personnes dans les régions tropicales à des niveaux dangereux de stress thermique, ce qui réduirait les heures de travail de 50 % et aurait des répercussions sur la productivité et l’offre de la main-d’œuvre sur les marchés économiques. Il est important de noter que l’exposition est très inégale : les pays développés profitent de l’importation de biens produits dans des pays en développement, où la main-d’œuvre est soumise à des conditions de chaleur de plus en plus intenses. Une récente analyse conclut qu’un réchauffement de 3 °C réduirait l’efficacité de la main-d’œuvre de 33 % dans les secteurs extérieurs fortement exposés en Afrique et de 25 % en Asie, avec des répercussions importantes dans les secteurs à faible exposition également. D’ici 2060, les effets indirects sur le commerce mondial et les chaînes d’approvisionnement devraient représenter de 12 à 43 % des pertes économiques mondiales liées au stress thermique, les effets variant selon les régions et les secteurs. Des études récentes ont montré que, dans le cadre d’un scénario à fortes émissions (RCP8.5), la perte de productivité de la main-d’œuvre due à la chaleur pourrait entraîner des pertes annuelles de 1,4 à 2,6 % du PIB mondial. Si l’on tient également compte des coûts de santé et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement dues aux effets du climat sur la main-d’œuvre, ce pourcentage pourrait atteindre 2,9 à 4,5 %. Ramener les émissions au niveau des scénarios RCP2.6 ou RCP1.9 pourrait diminuer ces réductions annuelles du PIB à une fourchette de 0,1 à 0,8 %.
Même si les connaissances ont progressé et qu’il existe un consensus sur les effets négatifs du changement climatique sur les revenus mondiaux, les estimations des répercussions économiques globales, lorsqu’on tient compte de l’ensemble des mécanismes en jeu, restent très dispersées (figures 7C et D). Premièrement, il est de plus en plus clair que ces estimations varient en fonction de la méthode utilisée, avec un écart notable entre les approches de modélisation « structurelles » et « statistiques ». Les approches statistiques permettent de saisir les effets globaux d’une série de mécanismes d’effets sectoriels et de leurs interactions, mais elle éclaire moins bien le rôle relatif de chacun. Leur sensibilité aux hypothèses de modélisation et à l’extrapolation des relations historiques vers divers scénarios futurs possibles fait l’objet de nombreux débats. Les modèles structurels offrent une meilleure compréhension des mécanismes en décrivant explicitement les chaînes d’effets, mais ils reposent sur certaines hypothèses et peinent à saisir tous les mécanismes de répercussions pertinents. Ces approches ne sont pas directement comparables et doivent être considérées comme des sources de données distinctes plutôt que comme des substituts interchangeables. Des travaux de recherche sont en cours pour mieux comprendre et concilier ces différences afin de réduire les incertitudes.
Les estimations statistiques de l’effet économique global ont fait l’objet de révisions importantes au cours des dernières années, entraînant généralement une hausse des coûts estimés au fil du temps. Des travaux récents ont souligné le rôle des risques climatiques, en plus de la température moyenne, y compris les extrêmes, la variabilité des températures et les précipitations. Un volet de recherche complémentaire a mis en évidence le caractère mondial des chocs climatiques et a permis de constater que l’intégration de mesures de la température mondiale dans les travaux empiriques fait plus que doubler les estimations issues de résultats antérieurs. De plus, les progrès réalisés dans la manière dont les modèles saisissent la persistance des effets sur la croissance économique ont montré que ces effets sont au moins partiellement durables, ce qui permet de résoudre une source de divergence antérieure et d’étayer les estimations de répercussions globales plus importantes.
Des lacunes persistent dans les connaissances. La plus importante concerne les divergences entre les modèles, mais il en existe d’autres. Si les progrès réalisés ont permis de mettre en évidence des catégories d’effets clés comme le stress thermique et la main-d’œuvre, les répercussions du changement climatique restent encore peu pris en compte, comme les sécheresses, les tempêtes tropicales et les feux de forêt. De même, les coûts des effets sur les secteurs « non commerciaux » (p. ex., la biodiversité, la criminalité et les conflits, la migration) sont difficiles à chiffrer et sont largement omis, malgré quelques progrès dans la comptabilisation des services écosystémiques. Il convient également de porter davantage attention aux effets des risques climatiques cumulés et à leurs répercussions en cascade sur l’ensemble des systèmes. Enfin, le rôle de l’adaptation reste une importante source d’incertitude, car les réponses aux conditions météorologiques observées statistiquement peuvent changer dans des conditions socioéconomiques et climatiques futures fondamentalement différentes. Des données probantes montrent que l’adaptation a permis de réduire la mortalité liée à la chaleur, mais dans d’autres secteurs, les données historiques attestent beaucoup moins clairement d’une adaptation. Pour mieux prévoir les coûts globaux du changement climatique, il est nécessaire de comprendre et d’intégrer les réponses adaptatives dans les modèles structurels et statistiques.
Les données probantes concernant la baisse de la productivité de la main-d’œuvre et des revenus mondiaux due au changement climatique renforcent le bien-fondé des mesures d’atténuation, permettent de mieux cibler les efforts d’adaptation et aident à prévoir les pertes ainsi que les dommages. Par exemple, les effets de la chaleur sur la main-d’œuvre constituent un enjeu critique qui peut orienter les stratégies d’adaptation. Les progrès de l’approche statistique, en particulier la prise en compte d’autres risques climatiques et des effets globaux, ont conduit à une augmentation des estimations des coûts économiques du changement climatique. Ces coûts varient considérablement selon les régions, les secteurs et les groupes démographiques; les pays à faible revenu sont les plus touchés en raison de leur forte dépendance à des industries sensibles au climat, de leur capacité d’adaptation moindre et de leur emplacement géographique plus vulnérable. Il est essentiel de reconnaître ces vulnérabilités pour concevoir des politiques qui non seulement atténuent les pertes économiques, mais favorisent également des systèmes résilients et équitables, capables de résister aux futurs chocs climatiques. Enfin, le changement climatique a une incidence sur les économies nationales tant de manière directe qu’indirecte, car les échanges commerciaux sont touchés par des phénomènes climatiques qui se produisent ailleurs. Dans un monde interconnecté faisant face à un nombre croissant d’événements météorologiques extrêmes, il devient de plus en plus important d’élaborer des politiques et des stratégies commerciales axées sur la résilience proactive de la chaîne d’approvisionnement ainsi que sur la coopération internationale afin d’atténuer les répercussions économiques et de gérer les risques transfrontaliers.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Les avantages de solides efforts d’atténuation pour réduire l’effet économique du changement climatique sur la productivité de la main-d’œuvre justifient des objectifs plus ambitieux et une mise en œuvre plus rapide. Les parties pourraient utiliser les données sur la productivité de la main-d’œuvre pour renforcer leurs CDN et promouvoir des objectifs mondiaux plus ambitieux.
- L’intégration d’évaluations des impacts sur la productivité de la main-d’œuvre constituerait un élément utile pour les analyses coûts-avantages des politiques climatiques à l’échelle nationale. De même, les modèles d’évaluation intégrée pourraient incorporer les meilleures connaissances disponibles sur la perte de revenus et la réduction de la productivité de la main-d’œuvre provoquées par le climat, afin de mieux éclairer les projections des conséquences économiques du changement climatique.
- À l’échelle nationale, les gouvernements pourraient utiliser les projections des effets sur la productivité de la main-d’œuvre pour prioriser les investissements dans les mesures d’adaptation visant la protection des travailleurs – comme des systèmes de climatisation et des horaires de travail modifiés lors des périodes de chaleur extrême – et pour renforcer la réglementation relative au stress thermique au travail grâce à des plans d’action sectoriels, en particulier les secteurs les plus exposés. À cet égard, les orientations de l’OMS et de l’OMM sur le changement climatique et le stress thermique en milieu de travail (en anglais seulement) présentent des recommandations clés.
- Les considérations relatives à la main-d’œuvre du programme de travail sur une transition juste portent actuellement sur les effets liés à la transition en matière d’emplois perdus ou créés. Ce champ d’action gagnerait à accorder davantage d’attention aux effets directs du changement climatique sur la main-d’œuvre, son bien-être et sa productivité.
- À l’échelle nationale, les gouvernements devraient mobiliser un large éventail de parties prenantes (notamment les employeurs, les syndicats, les travailleurs, les médecins et les autorités locales) afin de relever les risques climatiques pesant sur la sécurité et la productivité des travailleurs et d’élaborer ensemble des réponses politiques efficaces et équitables.

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Une intensification sûre de l’élimination du dioxyde de carbone est nécessaire pour lutter contre les émissions difficiles à réduire et les risques climatiques
MESSAGES CLÉS
- L’élimination du dioxyde de carbone (EDC) est essentielle pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et constitue un complément nécessaire à la réduction importante et durable des émissions de GES. Pourtant, les plans nationaux actuels sont loin d’être à la hauteur, ce qui crée un « fossé de l’EDC ».
- Le recours à grande échelle à l’EDC comporte des risques importants pour la durabilité, en raison de la concurrence pour les terres, l’énergie et les matériaux. Elle devrait donc se limiter à la compensation des émissions résiduelles difficiles à réduire et, à terme, à l’atteinte d’émissions nettes négatives, plutôt que d’être utilisée pour compenser des émissions supplémentaires provenant de sources pour lesquelles des options de réduction sont facilement disponibles.
- De nouvelles méthodes d’EDC sont techniquement réalisables et commencent à être mises en œuvre à des échelles de dizaines de millions de tonnes. Un soutien à la recherche, au développement et à la mise en œuvre est nécessaire pour accélérer les progrès afin de combler le fossé de l’EDC.
- De plus, une capacité importante d’« EDC préventive » est requise pour stabiliser les températures à long terme grâce à des émissions nettes négatives, notamment pour se protéger contre les incertitudes du système climatique.
Pour atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris, il est indispensable d’augmenter l’élimination du CO₂ (EDC) parallèlement à une réduction importante et soutenue des émissions. Cependant, des risques et des incertitudes subsistent. Des données récentes montrent que l’expansion de l’EDC est limitée par des contraintes de durabilité et que son utilisation pour compenser des émissions autrement inévitables risque de nous éloigner fortement des objectifs climatiques. Une « capacité d’EDC préventive » est également nécessaire pour faire face aux dépassements (voir l’encadré 3 pour les définitions, indiquées par * à partir d’ici) et pour se protéger contre les incertitudes climatiques physiques, mais les pays ne parviennent pas à prévoir ni à mettre en œuvre une expansion adéquate (figure 8).
L’EDC consiste à extraire du CO₂ de l’atmosphère et à le stocker dans des puits géologiques, dans la biosphère ou dans des produits (par exemple, le bois récolté). Les méthodes « conventionnelles »* comprennent l’afforestation/la reforestation et les pratiques de gestion forestière. Les méthodes « nouvelles »* comme la bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECSC), le captage et stockage géologique du dioxyde de carbone direct de l’air (CSCDA), l’altération forcée, la minéralisation du carbone et le biocharbon, sont techniquement réalisables, mais ne sont pas encore utilisées à grande échelle. L’utilisation actuelle est principalement conventionnelle et limitée, à 2 Gt CO₂/an, alors que les émissions nettes globales provenant de l’utilisation des terres et de la sylviculture s’élèvent à environ 4,4 Gt CO₂/an, de sorte que les émissions dues à la déforestation et aux feux de tourbe dépassent encore largement l’EDC pour le secteur des terres.
L’un des principaux objectifs de l’EDC est de compenser les « émissions résiduelles »* futures et de permettre aux pays, aux villes ou aux entreprises d’atteindre des objectifs de carboneutralité à une date donnée (figure 8A). Des émissions résiduelles subsisteront, car il peut être impossible d’éliminer toutes les sources d’émissions, en particulier celles qui sont « difficiles à réduire »* en raison des coûts d’atténuation élevés et des possibilités limitées de substitution, comme les émissions provenant du bétail, de l’aviation internationale et d’une partie de l’industrie lourde. Ces secteurs pourraient néanmoins réduire leurs émissions grâce à des mesures du côté de la demande.
On peut observer l’interaction entre l’EDC et les émissions résiduelles dans les scénarios des modèles d’évaluation intégrée. Par exemple, dans 81 scénarios (de type C2, c’est-à-dire, visant 1,5 °C avec un dépassement* important), le recours à l’élimination du dioxyde de carbone, en moyenne sur la période 2050–2100, compense les émissions résiduelles de CO₂, de N₂O et de gaz fluorés* au cours de la même période. Cependant, plus tard dans le siècle, l’EDC atteint souvent des niveaux plus élevés, devenant nettement supérieure aux émissions résiduelles de GES persistants. Dans les scénarios C1 ou C3 (1,5 °C ou 2 °C avec un dépassement nul ou limité, respectivement), les modèles suggèrent une moyenne légèrement inférieure sur la période de 2050 à 2100, de sorte que les émissions résiduelles restent plus élevées.
Les risques pour la durabilité que comporte le recours à l’EDC aux niveaux envisagés dans ces modèles sont importants. La méthode conventionnelle d’EDC entrera en concurrence avec la production alimentaire et la protection de la biodiversité pour l’utilisation des terres, tandis que la nouvelle méthode à grande échelle pourrait nécessiter d’importantes ressources en énergie et en matériaux (figure 8B). Les scénarios plus durables (C1-C3), qui tiennent compte de ces considérations, présentent des niveaux de recours à l’EDC plus restreints et des réductions d’émissions plus strictes et plus importantes à court terme.
Compte tenu des contraintes de durabilité, il est important de réduire au minimum les émissions afin que la capacité d’EDC nécessaire soit disponible pour compenser les émissions résiduelles des secteurs vraiment difficiles à réduire, qui répondent à des besoins essentiels (figure 8C). Pourtant, de nombreux scénarios de modèles d’évaluation intégrée ont recours à l’EDC pour compenser les émissions relativement faciles à réduire, comme celles du secteur de l’électricité, où des solutions de rechange rentables sont facilement disponibles. De même, les marchés volontaires du carbone et les objectifs de carboneutralité des entreprises devront s’adapter à une offre limitée d’EDC.
Un autre but de l’EDC est de parvenir à une baisse durable de la température mondiale après un dépassement. La plupart des études se concentrent sur des scénarios de réchauffement médians, comme une probabilité de 50 % de limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici 2100. Toutefois, pour évaluer les risques de dépassement et les besoins en matière d’EDC afin d’inverser le réchauffement, il faut tenir compte des incertitudes liées aux rétroactions du système terrestre. Si elles s’avèrent plus fortes que prévu, il faudra peut-être des centaines de gigatonnes d’EDC supplémentaires, au-delà des estimations actuelles de la trajectoire. Dans le cas d’une trajectoire à 1,5 °C sans dépassement, on estime que les conséquences d’un scénario de réchauffement élevé (dont la probabilité est de 1 sur 4) nécessiteraient le recours à une EDC de 400 Gt CO₂ (cumulées) d’ici 2100, soit environ le double de la quantité prévue dans les scénarios du GTIII de l’AR6 du GIEC.
Il est de plus en plus important d’évaluer les plans nationaux de mise en œuvre et d’expansion des activités d’EDC. Dans leurs CDN et leurs stratégies à long terme de développement à faibles émissions (LT-LEDS) en vertu de l’Accord de Paris, les pays ne prévoient actuellement que des ajouts minimes de 0,05 à 0,53 Gt CO₂/an d’ici 2030, principalement au moyen de méthodes conventionnelles d’EDC. D’ici 2050, on suggère des ajouts de 1,5 à 1,9 Gt CO₂/an dans le cadre des LT-LEDS, ce qui pourrait inclure de nouvelles méthodes d’EDC (figure 8C). Ces plans restent en deçà des niveaux nécessaires selon les scénarios pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, même dans ceux qui privilégient la réduction de la demande et qui limitent la dépendance à l’EDC. On constate l’apparition d’un « fossé de l’EDC » entre les plans nationaux et les niveaux d’utilisation nécessaires à l’avenir. Des engagements plus ambitieux, un soutien politique précoce à l’EDC et une réduction accrue d’émissions, notamment dans le but de réduire au minimum les émissions résiduelles, sont nécessaires pour combler ce fossé.
Malgré le rôle crucial de l’EDC, les capacités, le financement et les politiques nécessaires pour soutenir une mise en œuvre à grande échelle demeurent limités. En l’absence de politiques à court terme robustes et cohérentes, il sera difficile de parvenir à l’élimination du CO₂ requise d’ici le milieu du siècle. Il faut financer des projets de recherche, de développement et de démonstration couvrant de multiples mécanismes d’EDC pour favoriser une vaste gamme de solutions qui suffira pour répondre aux contraintes de durabilité. Les politiques doivent également prévoir des incitations pour un passage à l’échelle commerciale, ainsi qu’un appui réglementaire pour garantir des systèmes rigoureux de suivi, de déclaration et de vérification. Les décideurs politiques doivent mettre en œuvre des politiques ambitieuses de réduction des émissions, tout en adoptant des mesures visant à accroître l’EDC et à diminuer la demande énergétique ainsi que les émissions résiduelles des secteurs difficiles à réduire. Il importe de noter que les politiques seront plus efficaces si elles tiennent compte des contraintes régionales, de l’équité et de la justice procédurale. Les responsabilités liées au partage du fardeau de l’EDC préventive peuvent être fondées sur des principes d’équité et de justice.
À la COP28, les discussions ont souligné la nécessité d’engagements mondiaux visant à accroître les capacités des technologies d’EDC tout en réduisant les émissions. Une première étape importante consiste à renforcer les engagements de réduction nette des émissions dans les CDN tout en améliorant la transparence et la clarté sur le rôle de l’EDC dans la réalisation de ces objectifs. Bien qu’il existe des risques associés à la durabilité et qu’ils doivent être pris en compte dans les politiques et les engagements à venir, il faut aussi les considérer à la lumière des risques liés à l’inaction – des risques qui toucheront les populations vulnérables de façon disproportionnée. On ne saurait trop insister sur l’urgence d’accroître les capacités d’EDC et de parvenir à des émissions nettes négatives : elles sont essentielles pour atténuer les graves conséquences du changement climatique.
ENCADRÉ 3. DÉFINITIONS DES TERMES CLÉS DE L’EDC
Dépassement : Dépassement temporaire des niveaux de réchauffement mondial, avant que les températures mondiales ne redescendent grâce aux efforts d’atténuation et aux technologies d’EDC.
Méthodes conventionnelles d’EDC : Méthodes bien établies d’élimination du CO₂, mises en œuvre à grande échelle et validées au fil du temps, comme l’afforestation et la reforestation, l’amélioration de la gestion forestière, la séquestration du carbone dans le sol ainsi que la restauration des tourbières et des zones humides.
Nouvelles méthodes d’EDC : Technologies émergentes et novatrices encore aux premiers stades de développement et de mise en œuvre, notamment le biocharbon, la bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECSC), le captage et stockage géologique du dioxyde de carbone direct de l’air (CSCDA), ainsi que l’altération forcée et la minéralisation.
Émissions résiduelles : Émissions brutes compensées par l’EDC après avoir atteint la carboneutralité.
Difficile à réduire : Activités économiques où les émissions sont difficiles à atténuer, généralement en raison des coûts de réduction plus élevés que dans d’autres secteurs.
Gaz fluorés : Produits chimiques industriels contenant du fluor, qui sont également des gaz à effet de serre.
Émissions négatives : Fait d’éliminer davantage de CO₂ par des activités humaines que ce qui est émis.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Il est impossible d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sans accroître l’EDC, mais elle ne doit pas se faire « à tout prix ». Des mesures actives et de protection doivent être mises en œuvre pour limiter les compromis sociaux, économiques et environnementaux ainsi que les conséquences imprévues.
- Des lignes directrices et des normes internationales plus strictes sont nécessaires pour garantir une utilisation responsable de l’EDC et sa contribution efficace et transparente aux objectifs climatiques, en veillant à ce qu’elle complète, plutôt que remplace, la réduction rapide d’émissions.
- Il conviendrait notamment d’élaborer des lignes directrices sur les pratiques exemplaires pour intégrer l’EDC dans les CDN. Si l’EDC était absente des deux premiers cycles de CDN, certains pays en font désormais explicitement mention dans leurs soumissions actualisées.
- L’EDC doit être examinée avec soin et validée en vue de son inclusion dans les systèmes d’échange des droits d’émission (SEDE). Les décideurs politiques doivent collaborer étroitement avec les autres parties prenantes pour définir des critères transparents d’inclusion dans un SEDE ou d’autres mécanismes de soutien à la conformité. Il est nécessaire d’harmoniser et d’améliorer les critères de qualité ainsi que les processus de suivi et de déclaration afin d’accroître la transparence et l’incidence de l’EDC et d’éviter l’écoblanchiment. En particulier, la comptabilisation et la déclaration ne devraient inclure que des puits de carbone supplémentaires, et non créditer les puits naturels déjà existants.
- Bien que les méthodes terrestres conventionnelles d’EDC soient aujourd’hui les plus éprouvées et économiquement viables, de nouvelles méthodes offrent un plus grand potentiel, mais également des risques et des coûts différents. Les décideurs politiques devraient s’appuyer sur des évaluations scientifiques approfondies pour choisir les méthodes d’EDC les mieux adaptées aux structures économiques, aux réalités géographiques et aux ressources disponibles de leur pays, et examiner d’un œil critique les répercussions à long terme, les risques possibles et les avantages de chaque méthode.
- Les méthodes d’élimination du carbone n’offrent pas toutes le même degré de durabilité. Les solutions temporaires ne peuvent pas remplacer la réduction durable d’émissions. Des normes claires devraient distinguer le stockage permanent du stockage temporaire, la priorité étant donnée aux solutions durables, tout en reconnaissant que les méthodes qui le sont moins (conventionnelles, terrestres) resteront importantes pour l’instant.
- Les gouvernements devraient envisager l’acquisition de technologies d’EDC comme un bien public afin d’accélérer la préparation technique des nouvelles méthodes, de réduire le fossé de l’EDC et de renforcer la confiance dans les achats privés.

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Les marchés des crédits carbone présentent des enjeux d’intégrité, et des réponses commencent à émerger
MESSAGES CLÉS
- Les marchés volontaires du carbone ont rapidement pris de leur envol, mais des inquiétudes subsistent quant à la qualité et à la crédibilité des crédits.
- Les données probantes montrent que, dans de nombreux cas, les projets d’« évitement » des émissions manquent d’additionnalité et que les projets naturels d’élimination surestiment la séquestration du carbone.
- La plupart des entreprises acheteuses ont eu recours à des crédits d’évitement à faible coût et de faible qualité, ce qui soulève des inquiétudes quant à un « effet de report » par lequel la compensation entraîne l’affaiblissement ou le report des efforts directs de décarbonation.
- Les marchés des crédits carbone présentent des failles systémiques, mais les progrès réalisés dans l’établissement de critères de qualité, de systèmes d’évaluation et de réglementation (ainsi que l’utilisation des crédits comme un apport additionnel aux efforts d’atténuation plutôt qu’un mécanisme de compensation) visent à renforcer l’intégrité.
Les marchés des crédits carbone permettent à divers acteurs de générer des revenus grâce à des activités d’atténuation du changement climatique, comme la gestion forestière ou la production d’énergie renouvelable. Les crédits sont échangés dans différents contextes : marchés volontaires sur lesquels des crédits sont achetés pour « compenser » des émissions; marchés réglementés qui obligent légalement des entreprises à réduire leurs émissions; et mécanismes internationaux comportant des transferts de réduction d’émissions de pays à pays selon les règles de la CCNUCC. Sur les quelque 250 millions de crédits retirés en 2024, 76 % l’ont été par l’intermédiaire de marchés volontaires. Les émissions de crédit sont passées d’environ 200 millions en 2020 à 350 millions en 2021 en raison des politiques de décarbonation des gouvernements et des entreprises, mais elles sont depuis retombées à 290 millions en 2024. Cette baisse reflète les préoccupations concernant la qualité des crédits carbone et l’incertitude croissante quant à leur rôle dans l’action climatique volontaire. Les failles systémiques dans la génération, la vérification et la vente des crédits montrent qu’ils ne constituent pas un substitut fiable à la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles. Néanmoins, des efforts sont en cours pour renforcer les normes de vérification et accroître la transparence, ainsi que pour établir de nouveaux mécanismes de gouvernance afin d’améliorer l’intégrité et la crédibilité des crédits.
La qualité du côté de l’offre sur les marchés des crédits carbone constitue un défi. Les normes et les méthodologies ne garantissent pas systématiquement l’efficacité des crédits carbone dans l’atténuation du changement climatique : une analyse portant sur près d’un milliard de tonnes de crédits carbone – soit environ un cinquième de l’ensemble des crédits émis – a révélé que moins de 16 % représentaient des réductions réelles d’émissions (figure 9). Les promoteurs de projets sélectionnent des données avantageuses ou font des hypothèses irréalistes, tandis qu’une sélection défavorable, des données obsolètes et des méthodes inadaptées compromettent les bénéfices climatiques des crédits carbone. Plusieurs types de projets (énergie éolienne en Chine, amélioration de la gestion forestière aux États-Unis) ne présentent aucun bénéfice climatique statistiquement significatif, tandis que des projets de cuisson propre et d’évitement de la déforestation génèrent des réductions d’émissions inférieures que ce qui a été avancé (figure 9).
Les données probantes concernant des crédits de faible qualité concernent surtout des projets « d’évitement », comme la conservation des forêts et les énergies renouvelables. Cependant, elles montrent désormais que les méthodes naturelles d’élimination, comme l’afforestation et la gestion des sols, surestiment également la séquestration du carbone et manquent d’additionnalité. Autrement dit, elles ne parviennent souvent pas à absorber du carbone supplémentaire par rapport à ce qui se serait produit en l’absence d’incitations liées aux crédits carbone. De plus, l’expansion des puits naturels pour compenser les émissions de combustibles fossiles est limitée par la lenteur des taux d’absorption, le risque accru d’échappement du carbone stocké dû aux feux de forêt et la rareté des terres disponibles. Malgré les hypothèses optimistes des modèles du GIEC et des plans nationaux, la capacité réelle d’élimination terrestre des émissions est bien inférieure aux attentes. Dans l’ensemble, ces résultats récents suggèrent que l’absorption de carbone par la nature ne peut pas se substituer de manière fiable à la réduction des émissions de combustibles fossiles ni résoudre les problèmes fondamentaux de qualité associés aux crédits d’évitement.
La dynamique du côté de la demande peut également influencer la qualité. Une étude récente a analysé les crédits carbone achetés sur le marché volontaire par les 20 plus grandes entreprises entre 2020 et 2023 et a révélé que la plupart d’elles ont toujours eu recours à des crédits d’évitement de faible qualité et peu coûteux, ce qui présente un risque élevé de surestimation des réductions d’émissions. Comme la majorité des crédits proviennent d’anciens projets, ayant commencé à émettre des crédits il y a dix ans ou plus, les dépenses de compensation des entreprises ont largement échoué à favoriser de nouveaux investissements dans l’atténuation du changement climatique.
Bien que les crédits carbone soient souvent présentés comme garants de carboneutralité, la plupart des entreprises ne précisent pas comment elles intègrent ces compensations dans leur comptabilisation des GES. La dépendance à la compensation pourrait retarder ou affaiblir la décarbonation si les entreprises privilégient l’achat de crédits et détournent les fonds d’initiatives internes de décarbonation et d’élimination progressive des combustibles fossiles. Une analyse des stratégies carboneutres des grandes sociétés pétrolières confirme les inquiétudes concernant un « effet de report », en révélant l’utilisation de crédits carbone pour légitimer la poursuite de la production et de la consommation de combustibles fossiles conventionnels. Si, pour la plupart des entreprises, les crédits carbone ne remplacent pas les efforts internes de décarbonation, ils peuvent néanmoins détourner des fonds importants des initiatives directes de réduction des émissions chez les grands pollueurs, comme les compagnies aériennes.
Les projets de crédits carbone ont toujours été critiqués pour leur focalisation sur la neutralisation des émissions. À ce titre, de nombreux projets ne parviennent pas à concrétiser ou à quantifier systématiquement les retombées socioéconomiques et environnementales non liées au carbone. Certaines études suggèrent qu’une conception adéquate des projets peut contribuer à réduire les émissions de carbone et améliorer le bien-être social, tandis que d’autres soulignent les compromis inhérents entre la réussite des projets et l’équité dans les initiatives sur le carbone forestier. De nombreux efforts de réduction des émissions profitent de manière disproportionnée aux collectivités aisées ou qui réalisent des activités dommageables pour l’environnement, et les coûts initiaux et de transaction constituent des barrières à l’entrée pour les projets à petite échelle. Bien qu’un financement accru soit nécessaire pour lutter contre la déforestation, surtout dans les régions tropicales, et pour soutenir les avantages non liés au carbone, comme la biodiversité, ces défis mettent en évidence les limites de l’utilisation des crédits carbone comme principal moyen de financement.
Les acteurs du marché du carbone réagissent de multiples façons. Des initiatives comme le Conseil de l’intégrité du marché volontaire du carbone (ICVCM) ont établi des critères de gouvernance et de qualité. Plusieurs services d’évaluation des crédits carbone fournissent aux clients de l’information détaillée sur la qualité relative des crédits, y compris les avantages connexes. La recherche suggère qu’il y a une demande volontaire croissante pour des crédits de meilleure qualité, bien que les effets restent incertains. Pour répondre aux préoccupations liées à la demande, des organismes de normalisation comme la Science Based Targets initiative (SBTi) et la Voluntary Carbon Markets Integrity initiative (VCMI) soulignent que ces crédits ne doivent pas se substituer à la décarbonation directe. Cette position renforce les appels persistants en faveur d’un changement de paradigme : les crédits carbone seraient utilisés pour des « apports » supplémentaires aux efforts mondiaux d’atténuation, plutôt que pour compenser les émissions. En théorie, cette approche pourrait apaiser les préoccupations relatives à l’effet de report.
Certains gouvernements ont commencé à réagir en adoptant des règlements et des lignes directrices. Par exemple, dans le cadre de la directive sur les rapports de durabilité des entreprises de l’UE (Toms et al., 2025), désormais reportée, les grandes entreprises seraient tenues de préciser la qualité des crédits carbone qu’elles utilisent et d’expliquer leur rôle dans les efforts de décarbonation. En 2024, le gouvernement américain a émis une déclaration soutenant des principes similaires, même si son administrationn’est plus la même aujourd’hui. Des efforts similaires sont en cours ailleurs. Le plus grand test est à venir : en vertu de l’article 6 de l’Accord de Paris, les décideurs politiques établissent des normes internationales qui pourraient constituer un critère de qualité pour tous les marchés de crédits carbone. En accordant une attention particulière aux problèmes de qualité non résolus des normes existantes, il serait possible d’éviter les mêmes écueils à l’avenir, de sorte que les marchés de crédits carbone accélèrent l’action climatique au lieu de la compromettre.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Les marchés de crédits carbone qui s’appuient sur des cadres d’intégrité solides peuvent contribuer à la réduction des émissions. Or, les crédits carbone devraient être considérés comme des apports supplémentaires à l’atténuation, plutôt que comme un substitut à la décarbonation interne et à l’élimination progressive des combustibles fossiles.
- Pour améliorer la crédibilité, la transparence et l’incidence des marchés volontaires du carbone (MVC), des normes de haute intégrité – comme celles élaborées par le Conseil de l’intégrité du marché volontaire du carbone (ICVCM) et la Voluntary Carbon Markets Integrity initiative (VCMI) – devraient être largement adoptées dans tous les secteurs. Afin d’assurer une plus grande cohérence de l’action climatique des entreprises, les organismes de normalisation doivent parvenir à un consensus sur la meilleure façon d’inclure les crédits carbone aux exigences de déclaration, comme la directive sur les rapports de durabilité des entreprises de l’UE et le Task Force on Climate-related Financial Disclosures (groupe de travail sur l’information financière liée au climat). Ces normes et règlements entourant la déclaration peuvent garantir l’additionnalité, l’utilisation de méthodes de référence appropriées et l’absence de double comptabilisation.
- Les parties devraient chercher à établir des normes mondiales uniformes pour évaluer la qualité des crédits carbone, en s’appuyant sur le cadre de l’article 6.4 (mécanisme de crédits de l’Accord de Paris) adopté lors de la COP29. L’organe de supervision visé à l’article 6.4 continuera d’approuver des méthodes robustes pour évaluer l’additionnalité, préserver le développement durable et quantifier la réduction des émissions. Toutefois, les parties devraient garder une marge pour négocier des approches complémentaires allant au-delà de l’article 6 (y compris des accords sectoriels de réduction des émissions, des politiques industrielles, le transfert de technologies), qui pourraient s’avérer plus efficaces pour les secteurs où la comptabilisation du carbone se heurte à des contraintes inhérentes.
- Il convient d’accorder une attention et une visibilité accrues au bilan mondial en tant que mécanisme de renforcement de la transparence et de la responsabilité des acteurs étatiques et non étatiques en matière d’action climatique. Cette initiative poursuit sur la lancée de la COP29, avec notamment l’annonce par le Royaume-Uni de nouveaux principes pour les MVC, les lignes directrices de l’Organisation internationale des commissions de valeurs, visant à promouvoir l’intégrité financière dans les MVC, et le lancement de l’ASEAN Common Carbon Framework.

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Les combinaisons de politiques sont plus efficaces que les mesures isolées pour faire progresser la réduction des émissions
MESSAGES CLÉS
- Les combinaisons de politiques soigneusement conçues sont souvent plus efficaces que les mesures isolées, ce qui se traduit par une réduction des émissions plus importante. Les interactions entre les instruments peuvent générer des synergies, mais aussi exiger des compromis, ce qui souligne la nécessité de tenir compte des chevauchements et des effets de rebond.
- Les combinaisons de politiques peuvent remédier à une multitude de défaillances du marché, accroître la rigueur globale des mesures et maximiser la crédibilité, façonnant ainsi les attentes des consommateurs et des investisseurs.
- Les combinaisons de politiques, qui incluent la tarification du carbone ou la réduction des subventions pour les combustibles fossiles, permettent généralement d’obtenir une réduction des émissions plus importante que celle qui repose uniquement sur des instruments populaires non tarifaires. Même un prix modeste du carbone peut améliorer de manière importante le rapport coût-efficacité de l’ensemble des politiques.
- Les combinaisons de politiques efficaces varient selon le secteur et le contexte national, y compris le niveau de développement économique, et doivent être adaptées aux acteurs, aux technologies et aux capacités institutionnelles ciblés.
Dans le monde entier, un large éventail de politiques climatiques est utilisé pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La théorie économique propose traditionnellement un outil politique par défaillance du marché : la tarification du carbone pour les accidents climatiques, le financement de la R et D pour les retombées de connaissances, et des incitations ciblées pour les effets de blocage et les externalités de réseau. Cependant, peu d’administrations ont mis en œuvre un prix explicite du carbone qui s’approche de son coût social et ont encore moins adopté un ensemble de politiques coordonnées pour remédier à toutes les défaillances du marché. Le mélange complexe d’instruments politiques en place a évolué au fil des années, des gouvernements et des paliers d’administration, ce qui a entraîné une coordination limitée et des chevauchements.
Les interactions entre les politiques peuvent modifier leur incidence globale, qui peut être supérieure ou inférieure à la somme de leurs parties. En France, des simulations relatives au chauffage résidentiel suggèrent qu’une combinaison d’interdictions des chaudières à gaz et d’un programme de subventions pourrait accroître les chances d’atteindre la carboneutralité tout en réduisant les coûts globaux du système et en réglant les problèmes de distribution. Les politiques peuvent se compléter de différentes façons en raison de relations spatiales, temporelles ou fonctionnelles, mais chaque politique peut avoir une portée limitée et être sujette à des effets de rebond qui nécessitent des instruments supplémentaires, comme la tarification. De plus, ces combinaisons peuvent remédier à une multitude de défaillances du marché, accroître la rigueur globale des politiques et maximiser la crédibilité, façonnant ainsi les attentes des consommateurs et des investisseurs. La détermination des instruments et des combinaisons de politiques les plus efficaces pour réduire davantage les émissions et ceux qui entraînent des compromis sur d’autres objectifs politiques constitue un volet en pleine expansion de la recherche sur les politiques climatiques.
Une évaluation systématique de 1 500 politiques climatiques mises en œuvre dans 41 pays ces 20 dernières années a révélé qu’une réduction des émissions conforme aux objectifs de carboneutralité est possible, mais elle doit être généralisée. L’évaluation a recensé 63 importantes réductions d’émissions conduisant à une réduction moyenne de 19 %, avec une réduction totale des émissions comprises entre 0,6 milliard et 1,8 milliard de tonnes métriques de CO2. Ces exemples de réussite constituent une base de données collective dont il faut s’inspirer et qui peut être explorée à l’aide du site Web Climate Policy Explorer. Les combinaisons de politiques soigneusement conçues sont souvent plus efficaces que les instruments utilisés de façon isolée (figure 10A). De nombreux instruments populaires – interdictions, codes du bâtiment, mandats en matière d’efficacité énergétique et subventions – permettent d’obtenir une réduction importante en combinaison avec d’autres politiques, mais ont une incidence moindre lorsqu’ils sont utilisés seuls. Des combinaisons qui comprennent la tarification du carbone ou la réduction des subventions aux combustibles fossiles permettent généralement d’obtenir une réduction des émissions plus importante que le recours exclusif à des instruments populaires non tarifaires (figure 10A, barres noires). La fiscalité se distingue comme le seul instrument qui demeure efficace lorsqu’il est utilisé seul, en permettant des réductions importantes des émissions.
Les combinaisons de politiques varient selon le secteur, le contexte national et le stade de développement économique (figure 10B). Les ensembles de politiques doivent être adaptés aux caractéristiques des acteurs, des technologies et des capacités institutionnelles ciblés, et leur mise en œuvre nécessite un apprentissage et des ajustements itératifs. Des structures de gouvernance solides; des mécanismes de collecte de données, de transparence et de suivi; et une évaluation continue sont essentiels pour garantir que les politiques restent efficaces au fil du temps et s’adaptent aux conditions changeantes. D’autres obstacles apparaissent lorsque la politique climatique est mise en œuvre à plusieurs paliers de gouvernement et à différentes échelles.
Il n’existe pas de combinaison de politiques universelle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais des données sur les effets d’interaction des instruments politiques fréquemment utilisés commencent à émerger, fournissant des enseignements clés aux décideurs politiques. Dimanchev et Knittel (2023) ont élaboré un cadre pour évaluer les interactions et les compromis entre les politiques et démontrent que même un prix modéré du carbone peut améliorer considérablement le rapport coût-efficacité de la combinaison de politiques lorsqu’il est associé à une norme de rendement. La relation n’est pas linéaire, les rendements marginaux diminuant à mesure que la dépendance envers les prix augmente. L’importance de la tarification est corroborée par l’évolution des émissions observées, des études récentes ayant montré qu’une importante réduction réussie des émissions dans les économies développées repose sur l’intégration d’incitations fiscales et tarifaires. La tarification du carbone se heurte souvent à des résistances politiques, mais l’utilisation de normes de rendement s’est propagée grâce à un soutien public plus important et à la durabilité des politiques. Pour tirer parti des atouts des différents instruments dans le but d’équilibrer les compromis entre plusieurs objectifs politiques, il est nécessaire de mettre en place des combinaisons de politiques bien pensées.
Le type et la conception des instruments politiques déterminent fondamentalement leurs interactions avec d’autres instruments. Lorsque des politiques supplémentaires se recoupent avec un instrument à quantité fixe, comme le plafond d’émissions, elles peuvent s’avérer inefficaces pour réduire davantage les émissions, car la quantité totale de quotas reste inchangée. Les instruments à quantité fixe doivent donc intégrer des mécanismes permettant d’ajuster dynamiquement le plafond en fonction des conditions du marché reflétant une baisse de la demande. La réserve de stabilité du marché du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne est l’une de ces innovations qui peuvent contribuer à atténuer l’effet en réduisant automatiquement l’offre de quotas lorsque d’autres politiques réduisent la demande. Sans tenir compte de ces effets d’interaction, des politiques supplémentaires pourraient même augmenter les émissions totales en favorisant le recours à des sources, à des secteurs et à des installations non réglementés. Contrairement aux instruments à quantité fixe, les instruments à prix fixe, comme la taxe carbone, maintiennent leur incitation financière indépendamment des politiques qui se recoupent, car l’incitation donnée par les signaux en matière de prix reste inchangée, ce qui constitue une incitation cumulative à la réduction des émissions.
Dans un contexte politique climatique de plus en plus complexe, un nombre croissant de recherches fait ressortir l’importance pour les décideurs politiques de prendre en compte les interactions entre les politiques climatiques et leurs effets combinés afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il est important de promouvoir des combinaisons de politiques qui génèrent des synergies positives et d’éviter les effets négatifs ou compensateurs. L’utilisation des données disponibles issues de la pratique réelle permet de tirer des enseignements des circonstances où l’on a constaté des ruptures structurelles dans l’évolution des émissions.
Enfin, les combinaisons de politiques climatiques visent rarement à réduire uniquement les émissions. Souvent, elles sont conçues ou évoluent pour atteindre des objectifs multiples, notamment la rentabilité, la répartition équitable, l’innovation, la sécurité énergétique et la faisabilité politique. L’acceptation des politiques est un facteur crucial, et leur ordre d’application joue un rôle. Des données récentes montrent un lien direct entre la perception de l’efficacité de politiques antérieures et le soutien envers des prix du carbone plus élevés, tous secteurs confondus. Des recherches sont nécessaires pour élargir la base de connaissances sur les combinaisons de politiques et les interactions entre plusieurs objectifs et périodes. La conception de combinaisons efficaces nécessite donc de comprendre les interactions sectorielles précises, de gérer les compromis et d’adapter les instruments aux besoins des administrations – ce qui représente une occasion cruciale de combler à la fois le retard en matière d’émissions et les lacunes de connaissances concernant l’efficacité des politiques.
IMPLICATIONS STRATÉGIQUES
- Les cadres de déclaration, tant au niveau de la CCNUCC qu’au niveau national, devraient explicitement prendre en compte les interactions entre les politiques et les mesures, en allant au-delà du simple suivi des politiques, pour adopter une approche plus intégrée – une lacune qui a été reconnue par le rapport AR6 du GIEC. Pour garantir l’efficacité de ces interactions et éviter les compromis involontaires, une évaluation systématique et continue des politiques devrait également être intégrée à leur conception.
- Les parties auraient tout intérêt à disposer de lignes directrices communes sur les incidences politiques à quantifier et les données contextuelles à fournir. Des bases de référence et des périodes de déclaration harmonisées permettraient également d’améliorer la comparabilité entre les pays, ce qui renforcerait l’apprentissage entre pairs dans le cadre de la CCNUCC et permettrait une conception plus efficace des politiques. Les données normalisées se sont déjà révélées utiles pour recenser les changements politiques liés à la réduction des émissions.
- Les gouvernements nationaux devraient privilégier les combinaisons de politiques synergiques (p. ex., associer des interdictions à des subventions ou combiner la tarification du carbone à des normes de rendement) qui sont reconnues pour réduire davantage les émissions par rapport aux mesures prises de manière isolée.
- À l’échelle nationale, on devrait fixer les objectifs climatiques dans le cadre de processus coordonnés et interministériels plutôt que de se limiter à un seul organisme ou à un seul ministère, en tenant compte des multiples retombées et avantages connexes des politiques climatiques au-delà de la réduction des émissions. Par ailleurs, une meilleure synchronisation intersectorielle peut améliorer l’efficacité de la réduction des émissions. De même, les critères d’évaluation des politiques devraient englober une variété de résultats, y compris sur le plan de la santé, de l’équité et du bien-être social.
- Compte tenu des nombreuses données sur les instruments efficaces disponibles, il convient d’accorder une plus grande attention à la faisabilité politique, aux obstacles à la prise de décision, à l’opinion publique, à l’équité et à la justice, ainsi qu’aux effets distributifs afin de garantir la mise en œuvre réussie de combinaisons de politiques ambitieuses. Des outils, comme le Climate Policy Explorer permettent de comprendre comment différents types de politiques peuvent mener à une réduction des émissions. Les leçons tirées peuvent servir de base aux décideurs politiques qui cherchent à réduire les émissions.
- Les ensembles de politiques devraient être adaptés aux acteurs, aux technologies et aux capacités institutionnelles, et mis en œuvre grâce à une gouvernance solide, à un suivi transparent et à des systèmes d’apprentissage itératifs afin de rester adaptables au fil du temps.


Vidéo
Abréviations
BECSC – Bioénergie avec captage et stockage du carbone
CDB – Convention sur la diversité biologique
EDC – Élimination du dioxyde de carbone
CH4 – Méthane
CO2 – Dioxyde de carbone
COP – Conférence des Parties
C1 – Scénarios de catégorie 1 : aucun dépassement ou dépassement limité à 1,5 °C d’ici 2100 (avec >50 % de chances), comme défini par l’AR6 du GIEC
C3 – Scénarios de catégorie 3 : limiter le réchauffement maximal à moins de 2 °C d’ici 2100 (avec >66 % de chances), comme défini par l’AR6 du GIEC
CSCDA – Captage et stockage géologique du dioxyde de carbone direct de l’air
DET – Déséquilibre énergétique de la Terre
PIB – Produit intérieur brut
OMA – Objectif mondial d’adaptation
GRACE – Gravity Recovery and Climate Experiment
BM – Bilan mondial
GtC – Gigatonnes de carbone
GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
CMBKM – Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal
LT-LEDS – Stratégies à long terme de développement à faibles émissions
VCM – Vagues de chaleur marines
MWP – Programme de travail sur l’atténuation
PNA – Plan national d’adaptation
CDN – Contribution déterminée au niveau national
NOCQ – Nouvel objectif collectif quantifié
N2O – Oxyde de diazote
RCP – Profils représentatifs d’évolution de concentration
SSP – Profil socioéconomique partagé
CNULD – Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification
CCNUCC – Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
MCV – Marché volontaire du carbone
OMS – Organisation mondiale de la Santé
OMM – Organisation météorologique mondiale
Principales sources de référence pour chaque perspective
Pour obtenir une liste complète des références pour chaque perspective, consulter Ospina et al. 10 nouvelles perspectives en sciences du climat 2025. Global Sustainability. doi: 10.5281/zenodo.17457864
Perspective 1
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- Hodnebrog, Ø. et al. Recent reductions in aerosol emissions have increased Earth’s energy imbalance. Commun Earth Environ 5, 1-9 (2024).
- Min, S.-K. Human influence can explain the widespread exceptional warmth in 2023. Commun. Earth Environ. 5, 1–4 (2024).
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Perspective 10
- Cocker, F. G. Mixes of Policy Instruments for the Full Decarbonisation of Energy Systems: A review. Energies 18, 148 (2025).
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Remerciements
L’élaboration du rapport original en anglais a été dirigée par Future Earth, The Earth League et le Programme mondial de recherches sur le climat.
La traduction vers le français du présent rapport a été réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth avec l’apport financier du Projet Information régionale pour la société (RIfS) et du Leadership en innovation environnementale, numérique et durable (LIEN-D).
Nous reconnaissons le travail des personnes suivantes dans leurs capacités respectives :
COMITÉ ÉDITORIAL DU RAPPORT ORIGINAL
Ana Bastos – Université de Leipzig, Allemagne
Wendy Broadgate – Secrétariat de Future Earth, Suède
Mercedes Bustamante – Université de Brasilia, Brésil
Deliang Chen – Université de Tsinghua, Chine
Peter Cox – Université d’Exeter, Royaume-Uni
Kristie L. Ebi – Université de Washington, États-Unis
Pierre Friedlingstein – Université d’Exeter, Royaume-Uni
Sabine Fuss – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne; Université Humboldt de Berlin, Allemagne
Nicolas Gruber – ETH Zurich, Suisse
Marina Hirota – Université fédérale de Santa Catarina, Brésil
Sirkku Juhola – Université d’Helsinki, Finlande
Fumiko Kasuga – Secrétariat de Future Earth, Japon
Şiir Kilkiș – Scientific and Technological Research Council of Turkey (TÜBİTAK), Turquie
Shih-Yu Lee – Academia Sinica, Taïwan
Åsa Persson – Stockholm Environment Institute, Suède; Université de Linköping, Suède
Hans-Otto Pörtner – Institut Alfred Wegner, Allemagne
Johan Rockström – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne; Université de Potsdam, Allemagne
Regina R. Rodrigues – Université fédérale de Santa Catarina, Brésil
Roberto Sanchez-Rodriguez – El Colegio de la Frontera Norte, Mexique
Peter Schlosser – Université d’État de l’Arizona, États-Unis
Youba Sokona – Centre africain de politique climatique, Mali
Thomas Stocker – Université de Berne, Suisse
Djiby Thiam – Université du Cap, Afrique du Sud
ÉDITION-COORDINATION DU RAPPORT ORIGINAL
Paula Mirazo – Université d’État de l’Arizona, États-Unis
Daniel Ospina – Secrétariat de Future Earth, Suède
ÉDITION-COORDINATION DE LA VERSION FRANÇAISE
Rachelle Fox – Durabilité à l’Ère Numérique, Canada; Future Earth, Canada
Andréa Ventimiglia – Durabilité à l’Ère Numérique, Canada; Future Earth, Canada
Odile Joblin – LIEN-D (Leadership en innovation environnementale, numérique et durable), Canada
Service de traduction de l’Université Concordia – Université Concordia, Canada
Projet Information régionale pour la société (RIfS) – Canada
RÉDACTION DES CHAPITRES DU RAPPORT ORIGINAL
PERSPECTIVE 1
Richard P. Allan – Université de Reading, Royaume-Uni
Helge F. Goessling – Helmholtz Centre for Polar and Marine Research, Allemagne
Øivind Hodnebrog – CICERO Center for International Climate Research, Norvège
Coordination de la perspective :
Maria A. Martin – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne
PERSPECTIVE 2
Yeonju Choi – Université de Yonsei, Corée du Sud
Thomas L. Frölicher – Université de Berne, Suisse
Qinyou He – Académie chinoise des sciences, Chine
Christopher J. Merchant – Université de Reading, Royaume-Uni
Kathryn E. Smith – Marine Biological Association of the United Kingdom, Royaume-Uni
Coordination de la perspective :
Sophie Hebden – Secrétariat de Future Earth, Suède; Agence spatiale européenne, Royaume-Uni
PERSPECTIVE 3
Gustaf Hugelius – Université de Stockholm, Suède
Piyu Ke – Université de Tsinghua, Chine; Université d’Exeter, Royaume-Uni
Douglas I. Kelley – UK Centre for Ecology & Hydrology, Royaume-Uni
Justine Ramage – Université de Stockholm, Suède
Sophie Ruehr – Université de Californie à Berkeley, États-Unis
Anna-Maria Virkkala – Woodwell Climate Research Center, États-Unis
Coordination de la perspective :
Lila Warszawski – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne
PERSPECTIVE 4
Luiz A. Domeignoz-Horta – Institut national français de la recherche agronomique, France
Guilherme G. Mazzochini – Université fédérale de Rio de Janeiro, Brésil
Akira S. Mori – Université de Tokyo, Japon
Estelle Razanatsoa – Université du Cap, Afrique du Sud
Sarah R. Weiskopf – United States Geological Survey National Climate Adaptation Science Center, États-Unis
Coordination de la perspective :
Adrian Heilemann – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne
PERSPECTIVE 5
Nishan Bhattarai – Université d’Oklahoma, États-Unis
Junguo Liu – Université des ressources en eau et de l’énergie électrique de Chine du Nord, Chine
Hansjörg Seybold – ETH Zurich, Suisse; Académie autrichienne des sciences, Autriche; Université de Tsinghua, Chine
Coordination de la perspective :
Smriti Basnett – Pôle d’Asie du Sud de Future Earth, Inde; Divecha Centre for Climate Change, Inde; Sikkim Commission on Glacier Hazards, Department of Science and Technology, Inde
PERSPECTIVE 6
Nadja Hedrich – Université de Zurich, Suisse
Sadie J. Ryan – Université de Floride, États-Unis
Jan C. Semenza – Université d’Umeå, Suède
Coordination de la perspective :
Giles B. Sioen – Sustainable Society Design Center, Graduate School of Frontier Sciences, Université de Tokyo, Japon; Secrétariat de Future Earth, Japon
PERSPECTIVE 7
Maximilian Kotz – Barcelona Supercomputing Centre, Espagne; Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne
Jennifer Morris – Massachusetts Institute of Technology, États-Unis
Shupeng Zhu – Université de Zhejiang, Chine
Coordination de la perspective :
Peter Schlosser – Université d’État de l’Arizona, États-Unis
PERSPECTIVE 8
William F. Lamb – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne; Université de Leeds, Royaume-Uni
Cara N. Maesano – Rocky Mountain Institute, États-Unis
Carl-Friederich Schleussner – Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués, Autriche
Drew T. Shindell – Université de Duke, États-Unis
Coordination de la perspective :
Henry C. Wu – Climate Service Center Germany (GERICS), Helmholtz-Zentrum Hereon, Allemagne
PERSPECTIVE 9
Derik J. Broekhoff – Institut de l’environnement de Stockholm, Suède
Santiago Izquierdo-Tort – Université de la Colombie-Britannique, Canada
Benedict S. Probst – Max Planck Institute for Innovation and Competition, Allemagne; ETH Zurich, Suisse; Université de Cambridge, Royaume-Uni
Gregory Trencher – Université de Kyoto, Japon
Coordination de la perspective :
Nilushi Kumarasinghe – Secrétariat de Future Earth, Canada; Durabilité à l’ère numérique, Canada
PERSPECTIVE 10
William A. Scott – Université Simon Fraser, Canada
Annika H. Stechemesser – Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, Allemagne
Coordination de la perspective :
Sophie H. L. Su – Secrétariat de Future Earth, Taïwan
RÉVISION STRATÉGIQUE
Roberta Boscolo – Organisation météorologique mondiale, Suisse
Alexandra Buylova – The Swedish Institute of International Affairs, Suède
Jamie Cummings – Woodwell Climate Research Center, États-Unis
Axel Eriksson – Youth Negotiators Academy, Allemagne; Stockholm Resilience Centre, Suède
Damon Matthews – Université Concordia, Canada


