11 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Les véhicules électriques ne sont plus seulement des voitures. Ils peuvent alimenter les logements, réduisant fortement les émissions — et les factures.

Une étude nationale inédite montre que la recharge véhicule-vers-domicile peut transformer les voitures électriques en actifs intelligents pour le réseau, en réduisant à la fois les coûts énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre.

Par Sarah DeWeerdt

Une femme branche son véhicule électrique à une prise de recharge installée chez elle.

L’utilisation des batteries de véhicules électriques (VE) comme source d’électricité pour les logements pourrait permettre aux ménages propriétaires de véhicules d’économiser plusieurs milliers de dollars et de réduire fortement leurs émissions de dioxyde de carbone, selon une nouvelle étude.

Cette étude constitue la première analyse nationale à grande échelle et détaillée de la recharge dite vehicle-to-home (V2H) [littéralement « véhicule vers domicile »], une approche qui consiste à charger la batterie d’un VE lorsque l’électricité renouvelable à faible coût est abondante, puis à la décharger partiellement afin d’alimenter les appareils et systèmes domestiques.

Avec la recharge V2H, « il est possible d’économiser plusieurs milliers de dollars en coûts d’électricité sur la durée de vie du véhicule », explique Parth Vaishnav, membre de l’équipe de recherche et professeur adjoint à la School for Environment and Sustainability de l’Université du Michigan. « Dans la majeure partie du pays, il est possible de recharger sans émettre de gaz à effet de serre supplémentaires, et même de réduire les émissions de GES en-deçà du niveau antérieur à l’adoption d’un VE. »

Il est bien établi que la recharge intelligente — c’est-à-dire l’alignement des périodes de recharge des VE sur la disponibilité d’une électricité à faible coût et à faible intensité carbone — permet de réduire à la fois les coûts et l’empreinte climatique associés à la possession d’un véhicule électrique. Toutefois, la recharge V2H a jusqu’à présent fait l’objet de beaucoup moins d’analyses approfondies.

Dans cette nouvelle étude, Vaishnav et ses collègues ont mobilisé des données issues de bases existantes sur la météorologie, les systèmes énergétiques et les transports afin de modéliser les effets de différentes stratégies de recharge sur les coûts et les émissions liés à l’usage du VE et à la consommation énergétique du logement sur le long terme.

Sur une durée de vie d’un véhicule estimée à 15 ans, l’approche V2H pourrait permettre d’économiser entre 2 400 et 5 600 dollars en coûts de recharge, soit 40 à 90 % du coût total de la recharge, selon les résultats de l’équipe de recherche. Dans certaines régions du Texas et de la Californie, les économies générées par la recharge V2H dépasseraient même le coût de recharge du véhicule, de sorte que la possession d’un VE pourrait, dans ces contextes, réduire la facture totale d’électricité du ménage.

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Le recours à la technologie V2H pourrait également réduire de 70 à 250 % les émissions de gaz à effet de serre associées à la consommation énergétique résidentielle, ce qui correspond à une diminution de 24 à 57 tonnes de dioxyde de carbone sur la durée de vie du véhicule. Cela signifie que les VE ont le potentiel de réduire non seulement les émissions du secteur des transports, mais aussi celles liées aux bâtiments [émissions du secteur du bâtiment au sens du GIEC/IPCC].

Environ 60 % de la population des États-Unis vit dans des zones où la recharge V2H réduirait les émissions de gaz à effet de serre des logements à un point tel qu’elle compenserait plus que totalement les émissions liées à la recharge du véhicule électrique.

L’analyse montre que les bénéfices en termes de coûts et d’émissions sont légèrement plus élevés dans les logements où l’ensemble des appareils et systèmes majeurs sont entièrement électrifiés.

Tous les véhicules électriques ne sont pas capables d’assurer une recharge bidirectionnelle, et l’étude ne prend pas en compte le coût des équipements nécessaires pour la rendre possible. Elle permet néanmoins d’identifier le coût seuil à partir duquel cette technologie devient économiquement rentable [break-even cost : coût d’équilibre].

Il reste toutefois à déterminer quels seraient les effets d’un déploiement à grande échelle de la recharge V2H sur le fonctionnement global du réseau électrique, ainsi que la disposition des personnes à renoncer à un contrôle direct sur les moments de recharge de leur véhicule et à accepter que des entités externes aient accès à des informations sur leurs habitudes domestiques et de déplacement.

« Il existe des opportunités économiques pour l’ensemble des parties prenantes, mais la réglementation doit garantir que les logements et le réseau électrique soient adaptés, et que les garanties des véhicules électriques ainsi que les protections des consommatrices et consommateurs évoluent de manière à instaurer un climat de confiance pour l’utilisation des VE de cette façon », conclut Vaishnav.

Source : Chen J. et coll. « Vehicle-to-home charging can cut costs and greenhouse gas emissions across the USA. » Nature Energy, 2025.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2025/12/evs-arent-just-cars-anymore-they-can-power-your-home-slashing-emissions-and-bills/

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.