4 mars 2026
Temps de lecture : 3 minutes
Logement et climat : une solution commune pour les villes ?
Une vaste étude mondiale montre que les villes peuvent fournir des millions de nouveaux logements sans pour autant épuiser le budget carbone mondial — à condition toutefois d’abandonner les normes de construction à forte intensité carbone.
Par Sarah DeWeerdt

Selon une nouvelle étude, la construction en milieu urbain représente entre 10 et 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et pourrait bientôt absorber l’ensemble du budget carbone restant permettant de maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C.
« Les émissions liées à la construction constituent une composante importante, mais souvent négligée, du problème du changement climatique », explique Keagan Rankin, membre de l’équipe de recherche de l’étude et étudiant aux cycles supérieurs à l’Université de Toronto. « Les villes ont une grande influence sur ce qui sera construit à l’avenir et sont donc bien placées pour réduire les émissions liées à la construction. Pourtant, ces émissions ont longtemps été négligées dans leurs plans de décarbonation. »
L’équipe de recherche a quantifié les émissions sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement associée à la construction et à l’entretien des logements, des bâtiments non résidentiels, des rues, des trottoirs, des réseaux de services publics et d’autres infrastructures urbaines dans plus de 1 000 villes à travers le monde. Les données couvrent des villes situées dans 40 pays à revenu élevé et intermédiaire, répartis sur six continents, avec des populations allant de 50 000 à 10 millions de personnes, pour une population totale de 1,2 milliard, soit environ 15 % de la population mondiale.
Les émissions liées à la construction varient de 0,1 à 6 tonnes métriques de dioxyde de carbone par personne et par an, mais pour la majorité des villes, le nombre se situe plutôt entre 1 et 3 tonnes métriques par personne et par an, selon les résultats de l’analyse. Le secteur de la construction n’a d’autant plus pas connu le « découplage » entre investissement et émissions observé dans d’autres segments de l’économie. Dans les villes des pays à revenu élevé, les émissions liées à la construction sont restées stables depuis 2000, à environ une tonne métrique de dioxyde de carbone par personne et par an.
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La nécessité est sans appel : les émissions provenant de l’ensemble des sources doivent être réduites à environ 2,3 tonnes métriques par personne et par an d’ici 2030 pour rester dans la limite d’un réchauffement de 2 °C [objectif cohérent avec les budgets carbone présentés par le GIEC/IPCC]. En matière de construction, la plupart des villes devront atteindre la neutralité carbone dans un horizon de 20 à 40 ans afin de respecter cet objectif mondial. Pour de nombreuses villes à revenu élevé, cela implique des rythmes de réduction des émissions « sans précédent historique », souligne Rankin.
La bonne nouvelle est que la solution n’est pas de construire moins, mais plutôt de construire mieux. « Nous avons été surpris de constater que de nombreuses villes pourraient atteindre leurs objectifs simultanés en matière de logement et d’engagements climatiques jusque dans les années 2030 en s’appuyant sur des conceptions de bâtiments existantes, sans nécessiter de changements technologiques », indique Rankin.
Certaines stratégies prometteuses existent, notamment : une conception basée sur l’utilisation plus efficiente des matériaux ; la construction d’un plus grand nombre de logements collectifs plutôt que des maisons individuelles ; et pour les villes en forte croissance particulièrement, l’accélération de la décarbonation des transports et des systèmes énergétiques afin de libérer une part plus importante du budget carbone pour le secteur de la construction, plus difficile à décarboner.
L’équipe de recherche a également développé un tableau de bord en libre accès, permettant aux citoyen·nes, aux urbanistes et aux responsables politiques de visualiser la situation de leur propre ville et d’élaborer des solutions fondées sur les données scientifiques.
Bien qu’elle soit de grande ampleur, cette étude ne constitue pas une conclusion définitive pour les émissions liées à la construction urbaine. « Il subsiste une grande incertitude concernant les émissions de la construction dans les pays à faible revenu. Les données nécessaires pour les estimer sont difficiles à collecter, ou n’existent tout simplement pas dans de nombreux cas », précise Rankin. « Comprendre les impacts de la croissance urbaine dans ces pays, et déterminer comment y rendre la construction durable, constitue un axe de recherche essentiel pour l’avenir. »
Source : Rankin K.H. et coll., « The climate limits of construction in over 1,000 cities », Nature Cities, 2026.
Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/01/can-cities-build-their-way-out-of-both-the-housing-and-the-climate-crises/
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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.
