6 mai 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Une IA entraînée sur 13 000 mondes virtuels projette l’avenir des énergies renouvelables

Elle surpasse les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie — et indique que l’objectif de 2 °C reste atteignable.

Par Sarah DeWeerdt

Des panneaux solaires et des éoliennes sortant d'une horloge analogique d'où jaillit une lumière, illustrant un avenir fondé sur les énergies renouvelables.

La production d’énergie solaire et éolienne devrait croître à l’échelle mondiale à un rythme compatible avec une limitation du réchauffement climatique à 2 °C — mais insuffisant pour atteindre l’objectif plus ambitieux de 1,5 °C — selon une analyse fondée sur un nouveau modèle alimenté par l’intelligence artificielle, que l’équipe de recherche compare à une « machine temporelle computationnelle ».

Jusqu’à présent, il était difficile d’estimer la vitesse d’expansion future du solaire et de l’éolien. D’un côté, la baisse rapide des coûts favorise leur déploiement ; de l’autre, des facteurs tels que les évolutions des politiques publiques, l’opposition sociale à certains projets, ainsi que les délais de raccordement des nouvelles installations au réseau électrique, constituent des contraintes importantes.

En conséquence, il a été possible de déterminer les trajectoires nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques, mais non d’évaluer la probabilité de leur réalisation.

Dans cette nouvelle étude, l’équipe de recherche a simulé le déploiement du solaire et de l’éolien dans 13 000 mondes virtuels, chacun composé de 150 « pays » de taille comparable à celle des États réels. Cette approche a permis d’exploiter des données historiques — notamment celles issues de pays pionniers — afin de reconstruire l’ensemble des trajectoires possibles de développement des énergies renouvelables.

Un algorithme d’apprentissage automatique a ensuite été entraîné sur ces mondes virtuels afin de prédire l’évolution des énergies renouvelables dans un pays donné, ainsi qu’à l’échelle mondiale, à partir de données initiales. « Nos projections reflètent le développement le plus probable de l’énergie solaire et éolienne compte tenu des tendances actuelles », explique Avi Jakhmola, membre de l’équipe de recherche et étudiant aux cycles supérieurs à l’Université de technologie de Chalmers, en Suède.

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Selon les estimations médianes, l’éolien terrestre devrait représenter environ 25 % de la production mondiale d’électricité en 2050, tandis que le solaire atteindrait environ 20 %. Ces résultats sont compatibles avec un scénario de limitation du réchauffement à 2 °C, mais non avec l’objectif de 1,5 °C tel que défini par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Lors de la COP28 en 2023, les États se sont engagés à tripler la capacité en énergies renouvelables d’ici 2030. « Cet engagement est atteignable, mais nécessiterait une accélération soutenue dans toutes les grandes régions, comparable à celle que l’Union européenne met en œuvre dans le cadre de son plan RePowerEU plan », précise Jakhmola.

De manière similaire, une expansion suffisamment rapide du solaire et de l’éolien pour limiter le réchauffement à 1,5 °C serait difficile, mais non sans précédent, selon le modèle — à condition d’agir immédiatement. Un report jusqu’en 2030 impliquerait une augmentation rapide et significative de la pente de déploiement requise.

« Il convient également de noter que nos projections ne sont pas statiques : elles sont mises à jour à mesure que de nouvelles données nationales deviennent disponibles, ce qui permet de suivre l’évolution des perspectives dans le temps », ajoute Jakhmola.

L’équipe de recherche a développé un outil interactif en ligne, librement accessible, permettant de visualiser les résultats. Afin de valider davantage le modèle, les scientifiques ont utilisé uniquement des données disponibles jusqu’en 2015, puis lui ont demandé de prédire l’évolution observée au cours des dix années suivantes. Le modèle s’est révélé remarquablement précis, surpassant même les projections de l’Agence internationale de l’énergie.

C’est pour cette raison qu’il a été qualifié de « machine temporelle computationnelle ». Cette performance « nous a donné une grande confiance dans le fait que l’approche capture un mécanisme fondamental de la croissance de ces technologies », souligne Jakhmola.

À l’avenir, ce modèle pourrait également être utilisé pour anticiper le développement d’autres technologies bas carbone. « L’éolien et le solaire constituaient un point de départ naturel, car ils sont déployés depuis suffisamment longtemps dans différents pays pour fournir des données empiriques robustes. Toutefois, nous pensons que cette approche pourrait être appliquée à des technologies telles que les véhicules électriques, l’hydrogène vert ou le stockage par batteries à mesure de leur maturité », conclut Jakhmola.

Source : Jakhmola A. et coll.,« Probabilistic projections of global wind and solar power growth based on historical national experience », Nature Energy, 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/04/an-ai-trained-on-13000-virtual-worlds-just-projected-our-renewable-energy-future/

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.