15 avril 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Vous l’entendez ? C’est le son d’un programme réussi de restauration des forêts tropicales.

Près d’un million de minutes d’enregistrements sonores suggèrent que rémunérer la protection des forêts permet de restaurer les signatures acoustiques complexes de la biodiversité.

Par Warren Cornwall

Silhouette d'une personne portant des écouteurs, réalisée à partir d'éléments de la forêt et de plantes.

Partout dans le monde, des programmes ont cherché à exploiter le pouvoir des incitations financières pour préserver les habitats, en rémunérant les populations locales afin qu’elles protègent ou restaurent leurs terres.

Lorsque l’écologue Giacomo Delgado a voulu vérifier si l’un des programmes les plus anciens et les mieux établis se traduisait réellement par des gains pour la biodiversité, il a choisi de l’écouter.

À l’aide de plus de 100 microphones résistants aux intempéries et de puissants programmes informatiques, le doctorant de l’Institut fédéral suisse de technologie de Zurich (ETH Zürich) a collecté près d’un million de minutes d’enregistrements audio provenant de parcelles à travers la péninsule de Nicoya, au Costa Rica.

Les résultats ont révélé que le foisonnement sonore des forêts en régénération, dans le cadre d’un programme rémunérant les propriétaires à laisser leurs pâturages se reboiser, présente de nombreux points communs avec celui des forêts intactes de la région. L’équipe de recherche a publié ces conclusions récemment dans la revue Global Change Biology.

« Ces résultats pourraient constituer l’une des preuves les plus solides à ce jour que la restauration des écosystèmes peut bénéficier à la biodiversité à grande échelle spatiale », écrit Delgado dans un billet de blogue.

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L’étude porte sur une expérience lancée au Costa Rica en 1996, le premier programme national au monde à rémunérer les populations pour la préservation de leurs terres et de services écosystémiques associés. Financé principalement par une taxe sur les combustibles fossiles, ce programme est crédité pour avoir permis au pays d’atteindre un bilan forestier positif.

Jusqu’à ce que Delgado saisisse ses microphones, rien ne permettait toutefois d’affirmer que ce renouveau forestier s’était traduit par un retour des communautés animales. Plutôt que d’opter pour l’approche laborieuse consistant à recenser les animaux un à un sur un nombre limité de sites, l’étude s’est tournée vers le domaine en plein essor de la bioacoustique, qui traite de nombreux volumes d’enregistrements sonores pour mieux comprendre la nature.

L’équipe de recherche a installé des microphones sur 142 sites de la péninsule, couvrant un éventail de milieux : forêts naturelles, pâturage, zones en régénération naturelle et terrains reboisés avec des plantations monospécifiques dans le cadre du programme national. L’opération a livré 999 470 minutes de données audio enregistrées entre mai et juillet 2022.

À l’aide d’algorithmes, l’équipe a construit une sorte d’empreinte acoustique propre à chaque type de milieu. Les forêts naturelles se distinguent par une grande intensité sonore et une forte variabilité, notamment à l’aube et au crépuscule, moments où oiseaux et insectes sont particulièrement actifs. Les pâturages, en revanche, présentent une empreinte très différente avec davantage de sons d’origine humaine, une absence de pic sonore au lever ou au coucher du soleil, et une activité acoustique plus soutenue la nuit.

Les anciens pâturages en cours de reforestation, où les propriétaires sont rémunérés pour laisser la végétation reprendre ses droits, partagent de nombreuses caractéristiques avec les forêts intactes, en particulier lors du pic d’activité au crépuscule. Dans l’ensemble, leur signature acoustique est 1,4 fois plus similaire à celle des forêts naturelles qu’à celle des pâturages. Les forêts replantées présentent une convergence plus modérée, avec une similarité de 1,24 fois.

Ces forêts en régénération ne sont toutefois pas encore indistinguables des forêts anciennes. Le chœur de l’aube y demeure notamment moins marqué. Cela pourrait s’expliquer par une biodiversité encore incomplètement établie par rapport à celle des forêts matures, ou encore par l’influence des activités humaines environnantes, selon l’équipe de recherche.

Pour Delgado, ces résultats sont porteurs d’espoir, tant pour la restauration écologique que pour la possibilité d’en faire profiter économiquement les populations, souvent défavorisées, qui vivent sur ces terres et en assurent la protection. « Donner aux populations locales les moyens d’agir et partager équitablement les bienfaits de la nature, plutôt que de les réserver à quelques privilégiés, constitue une solution écologique d’une efficacité radicale », a-t-il écrit.

Source : Delgado, et coll., « Large-Scale Forest Restoration Accompanied by Biodiversity Recovery in Costa Rica’s Redistributive Payment for Ecosystem Service Program », Global Change Biology, 4 février 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/02/can-you-hear-it-thats-the-sound-of-a-successful-rainforest-recovery-program/

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine. La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia, la Durabilité à l’Ère Numérique et le pôle canadien de Future Earth.